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    L’éducateur doit-il proscrire l’affectif ? 

    La réalité du quotidien de l’éducateur devrait s’imposer à lui. Du reste, les outils théoriques pour l’interpréter existent. Mais cela ne suffit pas. Nombre de professionnels refusent de reconnaître le rôle joué par l’affectif dans leur métier. De la même façon que dans le secteur sanitaire, on fait la chasse à toute sensiblerie qui amènerait à s’apitoyer sur le sort du malade (ce qui a joué un rôle non négligeable dans le déni face à la douleur), de la même façon le secteur socio-éducatif semble se protéger contre cette affectivité qui apparaît un peu comme l’antithèse du professionnalisme. Toute concession faite en la matière n’est-elle pas la porte ouverte au dérapage qui peut amener l’adulte à être autre chose qu’un professionnel dans la vie de l’usager ? Sur cette question essentielle, il est important de s’arrêter en interrogeant nos modes de fonctionnement.

    Un métier au cœur de l’affectif

    Cela fait une bonne demi-heure que Corinne est montée dans sa chambre. Les filles, ça met du temps à se préparer, mais quand même ! Surtout qu’elle est juste allée chercher un vêtement avant de partir en  week-end. L’éducateur se décide enfin à aller voir. Il frappe à la porte de la chambre, mais n’a pas de réponse. Il utilise son passe pour ouvrir. Corinne est sur le bord de la fenêtre face au vide et menace de sauter si on  approche.  L’éducateur parlemente et tout doucement s’avance vers l’adolescente. Il réussit à l’attraper et l’attire à l’intérieur de la pièce. Corinne s’effondre alors et se met à pleurer. Le lit tout proche permet de s’asseoir, l’éducateur entourant la jeune fille qui vient se nicher dans ses bras. “ Personne ne m’aime ” hoquette la jeune. Le professionnel la console : “ mais si, nous on t’aime ” et après quelques secondes d’hésitation il rajoute : “ on t’aime … bien ”. “ Oui, mais vous c’est pas pareil, vous, vous êtes payés pour ça ”.

    Cette tranche de vie d’un quotidien de foyer éducatif est emblématique de cette proximité qui s’établit si souvent tant dans ses aspects incontournables, que dans ses limites naturelles et sur laquelle chacun peut légitimement s’interroger. Il faut l’affirmer très fort : qu’on le veuille ou non, qu’on le craigne ou pas, qu’on le revendique ou qu’on se l’interdise, l’affectif constitue l’un des vecteurs relationnels essentiels de nos métiers. Parce que nous avons comme interlocuteurs des enfants, des jeunes ou des adultes qui sont soit en grande fragilité soit en pleine dérive. Parce que nous leur consacrons du temps, de l’énergie, de la patience, là où ils ont eu à faire parfois à de l’indifférence, à du découragement ou à du rejet. Parce que nous travaillons à les rendre plus heureux, plus autonomes et plus à l’aise dans leur peau et dans leur vie. Parce que nous les écoutons, nous ne les jugeons pas et nous faisons preuve de persévérance malgré leurs passages à l’acte et leurs échecs. Parce que nous leur proposons un cadre sécurisant, un contenant psychique et un suivi stabilisateur. Parce que, parce que … on pourrait énumérer les très bonnes raisons que les usagers ont d’établir un lien fort et intense avec celle ou celui qui les aident et les accompagnent de loin en loin ou au quotidien.

    L’éducateur, mais aussi les autres travailleurs sociaux, sont à tout moment confrontés au mécanisme que certains puristes de la théorie psychanalytique refusent de voir étendu à un champ étranger à la cure : le transfert et le contre-transfert. La théorie freudienne situe ces concepts au cœur de leur pratique. Selon le “ dictionnaire de l’action sociale ”, c’est “ l’ensemble des affects éprouvés à l’égard de l’analyste qui répètent et réactualisent une problématique relationnelle infantile, révélant les désirs inconscients qui déterminent une névrose actuelle (…) L’autre pôle est constitué par le contre-transfert qui désigne l’ensemble des sentiments et des réactions de l’analyste vis à vis de l’analysant.  C’est l’analyse du contre-transfert  qui offrira à l’analyste,  disposant en principe de la capacité d’analyser ses propres mouvements psychiques, la faculté d’interpréter le transfert du patient. ” (1)

    Que se joue-t-il d’autre dans la relation d’aide du travailleur social ? Que se passe-t-il d’autre dans le processus d’accompagnement mis en œuvre par l’éducateur ? L’usager projette sur l’intervenant toute une série d’images et de représentations mais aussi d’affects et de sentiments divers. “ En position clinique, les éducateurs s’appuient sur le transfert, sur ce que d’autres en souffrance ’’transfèrent’’ sur leur personne, comme émotions comme projets, désirs, images archaïques, signifiants souterrains, pour ouvrir des voies d’investissement nouvelles ” explique Joseph Rouzel dans l’un de ses derniers ouvrage(2).  Ce mouvement de la part de l’usager est tout à fait naturel et logique. Il n’est pas anormal qu’il réagisse ainsi, tant il vit parfois dans la détresse et dans la quête affective. Le phénomène s’accentue d’autant plus quand il reste attaché des années durant au même éducateur (qu’il s’approprie d’ailleurs souvent en parlant de “ son ” travailleur social). Ne parlons pas des prise en charge en internat où l’enfant vit du réveil au coucher avec des adultes qui entrent alors dans une fonction de substitution parentale et qui renforcent encore ce processus d’estime réciproque.

     Le professionnel doit-il avoir peur de ces manifestations ? Face à cet investissement parfois bien contradictoire -car fait d’attachement et de ressentiment, de gratifications et de frustrations- il ne reste jamais indifférent. Son attitude ( le contre-transfert) peut aller d’une extrémité à l’autre.

     Entre fusion et répulsion

    Il peut d’abord réagir en manifestant la plus grande méfiance, en rejetant ou refusant la moindre proximité. Une telle réaction de protection peut tout à fait se comprendre. Il n’est guère facile de se confronter avec la détresse, la carence affective ou l’extrême fragilité, sans ressentir la crainte légitime d’être emporté dans la tourmente. Mais aucune précaution aussi frileuse et rigide soit-elle ne peut éviter d’être placé à un moment ou à un autre face à l’affectivité qu’elle vienne de l’autre ou de soi-même. Et ce n’est certainement pas le refus de toute proximité qui peut placer l’intervenant à l’abri. Cela peut en effet tout aussi bien se passer dans la façon de parler, de s’adresser ou tout simplement de gérer une situation. Accepter la demande de câlin d’un petit avant le coucher, faire la bise à un(e) jeune, voire chahuter dans un contact corporel avec des ados ne constituent pas en soi un danger. Si le professionnel est troublé par ce rapprochement, s’il ressent le besoin de se préserver par rapport aux situations posées, s’il craint les conséquences pour lui et pour l’usager, c’est à lui d’établir les distances nécessaires.

    L’autre extrémité, on la trouve dans le comportement fusionnel se manifestant sous la forme d’un investissement peu limité débordant y compris sur sa vie personnelle. Quand certains éducateurs décident d’accueillir régulièrement un usager au sein de leur famille ou de donner leurs coordonnées personnelles, ’’en cas de problème’’, le risque ici est très clairement d’assister à un basculement perçu à juste titre comme dangereux pour l’usager dès lors que ce dernier plongerait dans un bain d’illusions sur ce travailleur social qui deviendrait pour lui autre chose qu’un intervenant : le remplaçant du parent manquant ? un(e) ami(e) ? Dans un tel contexte, il est facile de déraper : passant outre au mandat ou à la mission qui lui sont confiés, l’intervenant peut établir un pacte privé et personnalisé avec l’usager. Il sort alors du cadre professionnel pour s’engager dans un contact qui relève tantôt de l’action militante tantôt de l’investissement bénévole ou encore de la projection affective. Il se trouve dès lors confronté seul à la fixation des repères et des frontières de son activité  (“ passées les bornes, il n’y a plus de limites ”). C’est la porte ouverte à la toute-puissance et le renoncement à cette prise de distance qui fait la qualité de son travail, à cette objectivation de son rôle qui lui permet d’éviter d’être dans la seule satisfaction de son ego, à cette triangulation qui évite à la proximité de se transformer en intimité disparaissent au profit d’un risque éminemment confusionnel. Le problème devient criant quand l’intervenant n’arrive plus à analyser en quoi l’éventuelle proximité cesse d’être un outil de travail pensé et agi comme tel et vient surtout flatter son égo, son fantasme de réparation, son aspiration à une certaine convivialité voire même sa propre affectivité. La dérive apparaît quand l’usager devient prisonnier de la satisfaction chez le professionnel de ses besoins à combler tel manque ou à assouvir tel fantasme. Alors, si une illusion s’installe, si un leurre fait croire à autre chose qu’à une relation professionnelle, l’usager risque d’être floué. “ La relation éducative va de fait être le lieu où s’élabore pour le sujet une certaine connaissance de soi. Ceci à condition que l’éducateur n’envahisse pas l’espace de la relation de ses propres fantasmes et représentations inconscientes et ne cède pas aux avances d’amour et de haine, qu’il sache se déplacer, pour laisser l’espace de rencontre désencombré et ouvert ” (3).

    Comment doit réagir l’intervenant placé entre le Charybde de l’indifférence cynique et le Cilla  de la relation étouffante qui transforme l’usager en portefaix de ses propres aspirations ?

    Les mécanismes du transfert sont à l’œuvre indépendamment de la conviction et de la conscience du professionnel. Il est donc indispensable non seulement qu’il ne soit pas dans le déni de cette réalité, mais aussi qu’il apprenne à  en reconnaître et utiliser les manifestations. Cela implique un travail sur lui-même et notamment sur ce que provoque chez lui cet investissement dont il est l’objet : plaisir, déplaisir, reconnaissance, amertume ... Ce qui pose problème, ce n’est pas qu’un usager projette une image parentale ou entreprenne une tentative de séduction. Cela fait partie des règles du jeu de n’importe quelle relation humaine. Ce qui compte, c’est bien comment l’intervenant va se positionner, comment il va réagir, comment il va répondre aux avances dont il est ainsi l’objet. En cela, la responsabilité de l’éducateur est primordiale. Il lui revient la lourde tâche de contrôler suffisamment ses affects ou la gratification que lui procure la relation établie.

    Pour ce faire deux garanties sont essentielles.

    Les garde-fous

    La première se situe dans la professionnalité. C’est bien la technicité acquise, l’apprentissage accumulé au cours des années qui permettent d’adopter l’attitude adéquate. C’est bien cette compétence qui fera qu’un même comportement pourra recouvrir des significations bien différentes selon les circonstances dans lesquelles il a lieu, selon la cohérence de l’intervenant et la clarté de sa démarche. Ce métier nécessite avant tout chose une qualité de contact, un aptitude relationnelle, ce que dans le jargon professionnel on appelle une capacité d’empathie, toutes choses qui permettent de vibrer avec l’autre, de ressentir ce qu’il éprouve, de comprendre ce qu’il vit. En même temps, si l’objectif consiste bien à amener l’autre à éviter le naufrage, il ne faut pas en arriver à sombrer avec lui. D’où la nécessité vitale tant pour l’intervenant que pour l’usager d’une distance minimale entre eux qui puisse permettre que le travail d’accompagnement et d’aide s’accomplisse en toute sérénité.

    La seconde garantie est à rechercher dans la triangulation. Le concept de triangulation fait référence à l’irruption du père dans la dyade mère-enfant. Jacques Arènes l’explique bien : le père “ peut aider l’enfant et la mère à trouver progressivement la bonne distance qui permet à l’enfant d’exister. Par sa présence, parce qu’il peut dire ou représenter de la loi, il indique aussi que la relation à la mère n’est pas le seul horizon de la vie. Un enfant sans limites, sans loi ni autorité est souvent un enfant collé à sa mère, un enfant qui n’existe pas encore vraiment par lui-même ”(4). Par extension, on peut fort bien appliquer ce raisonnement à la fonction éducative. Il est fondamental qu’entre l’intervenant et l’usager se positionne un élément tiers qui vienne rappeler que la relation établie ne relève pas de la sphère du privé, que le professionnel est payé pour accomplir sa tâche, que le suivi est décidé non en fonction des affinités des uns et des autres mais bien par une décision du service. “ La clinique éducative, espace de relation interhumaine s’il en est, ne saurait être soumise ni à l’arbitraire ni au bon vouloir des éducateurs et des personnes en difficulté. Elle intervient dans un cadre institutionnel, même quand on pense et dit qu’il n’y en a pas, comme dans le travail de rue.” (5)

    Cet élément tiers est avant tout le service employeur qui sort l’usager et l’éducateur du face à face. Mais la triangulation ne se limite pas cela. L’institution est là pour relativiser le duo formé par l’aidant et l’aidé. Le juge, lui, est là pour contrôler la puissance de l’institution. La loi est là pour limiter la puissance du juge. Le législateur est là pour éviter la toute-puissance de la loi et l’électeur (qui se trouve être aussi l’usager!) celle du législateur. Au sein du service, ce peut-être l’équipe, la hiérarchie, un psychologue, un autre travailleur social qui joue ce rôle de tierce personne. Il existe depuis longtemps aussi des expériences permettant à un médiateur extérieur au service de venir soutenir les professionnels. Ce sont les dispositifs de supervision qui sont bien trop peu développés (car représentant un risque aux yeux de la hiérarchie  pour son autorité ?). Il ne faut pas toutefois investir la triangulation d’une quelconque valeur magique. Ce n’est pas toujours le tiers intervenant qui est faciliteur dans la relation entre lui, l’usager et le professionnel. Notamment quand c’est l’institution qui remplit cette fonction et qui peut très bien être avant tout préoccupée par sa propre pérennité, ses intérêts financiers ou la préservation de son pouvoir. Son intervention dans la relation engagée s’en trouvera potentiellement entachée par un souci de contrôle. Qui plus est, certaines de ses interventions ne sont pas toujours très fines et confine à l’outrance. Tels ces services systématisant la rotation des prise en charge (afin d’éviter justement l’attachement) ou bien instaurant un fonctionnement digne d’une mise sous surveillance tatillonne qui paralyse l’initiative et tue toute spontanéité relationnelle. Remarquons au passage que dans certains établissements, les postes d’éducateurs connaissant de fréquents changements de titulaires, le temps ne permet de toute façon pas que s’instaurent cette complicité et cette proximité qui caractérisent les suivis de plus longue durée. Ce qui compte, en fait, c’est la réalisation d’une triangulation qui évite le seule face à face. “ Qu’un jeune (ou un moins jeune, car l’inconscient n’a pas d’âge) s’appuie sur son amour pour un éducateur pour investir petit à petit d’autres types de relations et d’autres objets d’amour, lui permet d’opérer un déplacement, de la personne de l’éducateur vers une marge de manoeuvre où il s’éprouve comme sujet responsable de sa propre histoire et de ses actes (...) D’où l’importance dans la clinique de repérer comment et pourquoi ’’ça accroche’’, et pour le praticien à quelle place  l’autre l’a assigné (pour qui me prend-il ? qui voit-il ? que vit-il à travers moi ?). Ce n’est que par ce questionnement organisé, qui prend souvent dans les institutions la forme d’une régulation, ou de supervision d’équipe, voire plus rarement celle de contrôle individuel, que l’éducateur peut se détacher, se déprendre de la part d’amour et de haine qui l’affecte dans la relation. ” (6)

     Alors, oui : il n’y a pas de problème pour que l’éducateur tienne Corinne dans ses bras. Il n’avait pas besoin de rajouter “ on t’aime … bien ” à son geste, pour établir la distance nécessaire. L’adolescente avait bien compris la nature de cette marque d’affection manifestée à son égard : ce n’était ni son père, ni son amant qui la consolait alors mais bien un professionnel effectivement payé pour la soutenir.ues Trémintin – Non paru  ■ nov 1998

     1.    Jean Yves Barrevre et All: « Dictionnaire d’action sociale» Bayard Edition, 1995, citation p.400

    2.    Joseph Rouzel : « Le travail d’éducateur spécialisé » Dunod, 1997, p.28

    3.    Joseph Rouzel op. cit. p.26

    4.    Jaques Arènes: “Y a-t’il encore un père à la maison” Fleurus, 1997 p.39

    5.    Joseph Rouzel op. cit. p.21

    6.    Joseph Rouzel op. cit. P. 27-29


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    Éducateur de jeunes enfants, acteur de prévention précoce

    Katia Rouff

     

    Réunie à La Rochelle, la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants a rappelé l’importance des premiers liens familiaux et le rôle que jouent les éducateurs de jeunes enfants dans le dépistage des situations à problèmes

    La Rochelle, son vieux port, ses voiliers, ses rues sinueuses… La Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE) [1] a choisi cette ville à dimension humaine pour ses seizièmes universités d’automne du 10 au 12 octobre 2005. Les participants se rendent à pied à l’espace de conférences, se croisent midi et soir au détour d’une ruelle ou d’une terrasse. Un grand sac bleu ciel offert à chacun permet de se repérer dans la ville, d’engager la conversation, d’échanger sur ces trois journées consacrées au travail de prévention précoce réalisé par les éducateurs de jeunes enfants.

    L’éducateur de jeunes enfants, un travailleur social
    Chargé de l’éducation des enfants de 0 à 7 ans, il travaille dans tous leurs lieux d’accueil : crèches, haltes-garderies, ludothèques mais aussi services pédiatriques des hôpitaux, structures d’accueil pour enfants handicapés, foyers de l’enfance, pouponnières… Ses fonctions se situent à trois niveaux : éducation, prévention, coordination. Dans ce moment déterminant de la vie de l’enfant, il s’attache à favoriser son développement global et harmonieux en stimulant ses potentialités intellectuelles, affectives et artistiques. En créant un environnement adapté à son éveil, il lui permet d’acquérir la socialisation nécessaire à l’entrée à l’école maternelle.
    On estime le nombre d’éducateurs de jeunes enfants entre 10 000 et 15 000. S’ils ne représentent que 3 % des effectifs, les hommes restent plus longtemps dans la profession et obtiennent davantage de postes à responsabilités. L’éducateur de jeunes enfants accorde une grande importance à la relation avec les parents et prend en compte le milieu familial, social et culturel de l’enfant. Il exerce ses fonctions au sein d’une équipe pluridisciplinaire et prend en charge l’enfant dans sa globalité. Il associe ses collègues à la conception et à la rédaction du projet pédagogique, anime et coordonne l’action pour que l’établissement accorde à l’éducatif la place qui lui revient, met en œuvre les moyens nécessaires à l’ouverture de la structure, établit des liens avec les établissements concernés par la petite enfance et envisage sa mission en partenariat. Il a également une action de formation en accompagnant l’équipe, les stagiaires et les autres partenaires autour de la petite enfance dans une réflexion pédagogique sur les pratiques d’accueil de l’enfant et de sa famille.

    Politique de la famille et promesses non tenues

    630 participants. Martine Maurice, la présidente, évoque les grands dossiers portés par la fédération et interpelle Dominique de Legge, délégué interministériel à la famille, venu ouvrir ces journées. En 2003, lors des précédentes universités d’automne, la fédération s’inquiétait déjà des conséquences des choix politiques « qui ne cessent de refermer les familles sur elles-mêmes et privilégient l’accueil à domicile ». La fédération apprécie modérément les propositions de la dernière Conférence de la famille « pour aider les familles à mieux concilier vie professionnelle et familiale, elle n’a proposé qu’une réforme du congé parental, une nouvelle répartition de l’interruption d’activité pour les parents d’un enfant handicapé et l’augmentation du crédit d’impôts pour les frais de garde », regrette la présidente. Puis d’interroger « Que deviennent par ailleurs les préconisations du rapport Petit [2] sur les métiers de la petite enfance dans les structures collectives ? Et de renouveler ses inquiétudes face aux exigences du service marchand venant questionner la mission de service public des lieux d’accueil de la petite enfance. « Aujourd’hui nous nous retrouvons face à la Prestation de service unique (PSU) dont les modalités d’application se traduisent le plus souvent en techniques purement gestionnaires » ou « de quel accueil parlons-nous lorsque, par injonction, nous devons vendre aux familles des plages d’horaires de garde ? ». Dominique de Legge, lui, se félicite de la politique familiale du gouvernement, parle « du miracle français » que les autres pays nous envient. Il considère notamment positive la préoccupation des entreprises de créer des crèches pour faciliter la vie personnelle et familiale de leurs employés. Il s’inquiète qu’on ne trouve « pas moins de dix-huit intervenants possibles autour de la famille et de la petite enfance » et lâche « le moment est venu de cesser de multiplier leur nombre et de proposer une approche différente. Plutôt que de parler de travail social, il faut prendre l’habitude de parler de travail familial ». Des propos qui inquiètent Martine Maurice (lire interview).

    Une prévention au quotidien

    L’éducateur de jeunes enfants travaille au quotidien à une prévention précoce. « En mettant tout en œuvre pour que l’enfant et sa famille soient bien accueillis et bien entourés, en apportant une attention toute particulière à ceux qui présentent une faille, nous évitons la survenue de pathologies », estime Christine Accolas-Bellec, déléguée nationale de la fédération. La prévention s’exerce donc au quotidien à travers ce que le sociologue Jacques Papay nomme « ces fausses simplicités ». « Le quotidien ne se réduit pas à ce qu’il donne à voir, il n’est pas ce que l’on en fait souvent (de la routine), au contraire, en son sein se nichent de l’extraordinaire et du complexe », affirme-t-il.
    La réflexion de Patrick Mauvais, psychologue clinicien et formateur à l’association Pikler Lóczy [3], porte sur la construction des premiers liens, leurs enjeux en termes de développement et sur le rôle des professionnels dans leur accompagnement. La stabilité et la qualité de ces premiers liens familiaux sont sources d’une socialisation satisfaisante qui facilitera la construction d’autres liens. Pourtant, même les familles dans lesquelles les choses se passent bien, peuvent avoir des conditions de vie fragilisantes et besoin d’une aide, autrefois apportée par le voisinage ou la parentèle. Aujourd’hui, transplantations géographiques liées au marché de l’emploi, anonymat urbain, isolement, conditions de travail précaires, temps de transports importants, multiplication des interlocuteurs auprès d’un enfant dans la journée… constituent autant d’éléments générateurs de discontinuités et de difficultés dans la vie quotidienne des familles. L’arrivée d’un bébé dans une famille est déjà à elle seule source de grands bouleversements et demande une réorganisation profonde, tant psychique que matérielle. À cela s’ajoutent les tensions que crée chez les parents une double exigence - souvent exacerbée aujourd’hui - de réussite éducative et d’épanouissement personnel. Le soutien à la famille doit pouvoir être envisagé très précocement, dès la grossesse, à la maternité, à la PMI et dans les lieux d’accueil de la petite enfance. Une attitude prévenante, une véritable écoute, des conditions d’accueil sous-tendues à la fois par le souci de la sécurité, du bien-être de chacun et par la mise en valeur des capacités de l’enfant et de celles de ses parents peuvent constituer autant d’éléments favorables dans l’accompagnement des premiers liens. Dans cette perspective, l’observation continue et précise réalisée en équipe pluridisciplinaire par les professionnels, peut constituer un outil de « soins », d’évaluation et de soutien des pratiques : soins directs s’appuyant sur une connaissance individualisée de l’enfant permettant de mieux répondre à ses besoins personnels ; évaluation de l’état de l’enfant, de son développement avec parfois orientation vers des structures de soins spécialisées ou des institutions de suppléance familiale ; enfin soutien des équipes dans leur recherche d’un meilleur ajustement des pratiques, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants souffrant de troubles relationnels précoces.
    Maurice Titran, pédiatre et directeur du CAMSP de Roubaix a aussi observé l’importance du rôle joué par les EJE dans le repérage de certains troubles du développement de l’enfant que la sage-femme, le centre de PMI ou le médecin de famille n’avaient pas vus. Il conseille aux professionnels de « considérer l’enfant comme l’expert, de parler avec lui et de faire alliance avec sa famille ». Il précise qu’il est important qu’une équipe transmette « son capital confiance » à celle qui lui succédera dans l’accueil d’un enfant. Il parle de l’importance des lieux de parole et de prise de recul pour les équipes. Enfin, il insiste sur la connaissance que les professionnels doivent avoir du risque que représente la prise d’alcool durant la grossesse et de ses conséquences sur les troubles du développement psychomoteur de l’enfant.
    Si une grande majorité d’éducateurs de jeunes enfants travaillent en crèche, d’autres interviennent dans des lieux accueillant des enfants porteurs de handicap, en difficulté sociale ou malades. Des ateliers permettent de s’informer sur ces différents lieux d’accueil. La halte-garderie Petit Prince Lumière (Paris) par exemple, accueille depuis sa création (en 1993), 30 % d’enfants porteurs de handicaps (tous handicaps confondus), âgés de 1 à 6 ans. Dès le départ le projet a été conçu pour l’accueil de tous les enfants, handicapés ou non. Marie-Noëlle Rivière, la directrice, souligne que dans cette structure « ordinaire », la mission reste l’accueil et la socialisation du jeune enfant. Les enfants handicapés bénéficient des soins et thérapies dispensés par des structures adaptées comme un centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) ou un service d’éducation spécialisée et de soins à domicile (SESSAD). Pour sensibiliser les participants à l’accueil d’enfants handicapés, elle précise : « Nous avons un savoir-faire, mettons de côté les préjugés et les peurs à l’égard du handicap et fonçons. Nous accueillons ces enfants en lien avec les équipes spécialisées. Les choses deviennent simples quand elles sont pensées pour que chaque enfant trouve sa place. »


    EJE en crèche collective

    La crèche municipale Les Petits mousses du Plessis Robinson (92) accueille 70 enfants de 0 à 3 ans. Sophie Porte y occupe depuis trois ans un poste d’éducatrice de jeunes enfants à mi-temps et coordonne le travail de six auxiliaires de puériculture. Son équipe suit durant trois ans le même groupe de vingt enfants. Cette année, ils ont entre 1 et 2 ans. « Ce long suivi les sécurise et nous permet de bien suivre leur évolution. Chacun bénéficie d’une référente parmi les auxiliaires de puériculture ». Activités, repas et sommeil ponctuent la journée, dans le respect du rythme de chaque enfant.
    Le travail en crèche peut rapidement sembler routinier sans mise en place d’outils permettant la remise en question, comme l’élaboration du projet pédagogique en équipe avec le soutien de la directrice et de la psychologue. Le travail en équipe joue également un rôle important dans le dynamisme d’une structure. Sophie Porte encadre, stimule, soutient l’équipe et favorise les échanges « la communication est indispensable car nous portons chacune un regard différent sur l’enfant, pour autant, elle n’est pas toujours facile ». Depuis deux ans, des réunions régulières entre équipe, directrice et psychologue permettent de parler de chaque enfant, des fiches individuelles de noter les observations qui les concernent. Lorsque l’équipe observe une difficulté chez un enfant, elle en discute, en réfère à la directrice qui en parle aux parents. Si la difficulté est plus importante (enfant triste, replié sur lui-même…), elle demande conseil au médecin ou à la psychologue, présents dans la structure une journée par semaine. « Dernièrement par exemple, un enfant perturbé par les soucis de sa famille était très agité, illustre l’éducatrice ; la psychologue a reçu les parents et les a orientés vers un partenaire extérieur pour un accompagnement ». Si la situation l’exige, l’équipe travaille en partenariat avec les structures adaptées, comme pour l’accueil d’une fillette dont les parents ont un handicap mental. Elle travaille en lien avec la PMI et les éducateurs spécialisés qui accompagnent les parents. Avec la mise en place de la Prestation de service unique (PSU), l’accueil d’enfants en difficulté ou porteurs d’un handicap va devenir de plus en plus fréquent, Sophie Porte n’en éprouve pas de craintes majeures : « Il nous faudra être vigilants mais sans plus, il ne s’agit pas de chercher, voire de créer des problèmes ». Elle a été éducatrice de jeunes enfants en pouponnière et a donc déjà travaillé auprès d’enfants en difficulté, les professionnels de la crèche connaissent les familles en situation de précarité pour avoir longtemps accueilli les enfants d’un centre maternel voisin. Cependant, Sophie Porte aimerait bénéficier d’une formation complémentaire, mettre en place un travail de partenariat plus étendu et ne cache pas son appréhension de travailler avec des enfants handicapés moteurs : « N’ayant pas de connaissances en psychomotricité, je crains de leur proposer des activités non adaptées à leurs possibilités, mais je sais pouvoir bénéficier de l’aide du médecin, de la psychologue et de la PMI ».
    Après trois années passées dans la même structure, Sophie Porte « éprouve encore du plaisir à travailler », mais pense qu’un changement de poste régulier s’impose pour garder son dynamisme. Dès que ses enfants auront grandi, elle envisage la reprise d’un poste à temps complet, dans une petite structure d’accueil, comme une halte-garderie où elle pourra exercer des fonctions d’encadrement tout en restant en contact avec les enfants.


    EJE en centre d’action médico-sociale précoce

    Martin est venu en consultation au CAMSP Farandole de Fougères (35) avec sa mère, à l’âge de deux ans et demi. Des crises d’épilepsie ont lésé son cerveau et provoqué une petite paralysie latérale. Le bilan a montré des troubles moteurs peu importants nécessitant un simple suivi de kinésithérapie. En revanche, la psychologue, observant une relation trop fusionnelle entre la mère et l’enfant, a proposé une guidance mère/enfant. L’accompagnement vers la socialisation de Martin a été confié à Catherine Chesnais, éducatrice de jeunes enfants. Elle a travaillé sur la séparation par des séances ludiques. Quand Martin a été suffisamment à l’aise, elle l’a accompagné à la halte-garderie, restant avec lui durant plusieurs séances. La mère a pris le relais durant les vacances d’été et Martin s’est bien intégré. Catherine Chesnais a alors préparé son entrée en maternelle, rencontré la directrice avec la mère pour la rassurer sur l’autonomie de l’enfant. Mais un mois après la rentrée, l’institutrice a contacté le CAMSP : Martin présentait des troubles du comportement importants, n’intégrait pas les règles, devenait agressif avec les autres enfants… L’enfant vivait alors une situation familiale particulièrement difficile, responsable de ses angoisses. Catherine Chesnais l’a expliqué à l’institutrice, en respectant le secret professionnel, et a accompagné l’enfant une demi-journée par semaine à l’école, lui rappelant les règles sociales, discutant beaucoup avec lui, médiatisant ses relations avec les autres enfants. Tout cela a commencé à l’apaiser. Son temps scolaire a été allégé, Catherine Chesnais a participé aux réunions éducatives de l’école, servi de lien entre la mère, l’institutrice et le CAMSP pour dédramatiser la situation. Parallèlement, la mère continue la guidance avec la psychologue. Dès que Martin aura pris ses repères à l’école, une auxiliaire de vie scolaire prendra le relais de Catherine Chesnais. Cette médiation a permis d’éviter son exclusion scolaire : avec un groupe de trente enfants, l’institutrice et l’aide maternelle ne pouvaient plus gérer son comportement. Si l’éducatrice de jeunes enfants est intervenue seule à l’école, toutes les décisions concernant l’enfant ont été prises en équipe, notamment avec la psychologue.
    Le CAMSP Farandole prend en charge une quarantaine d’enfants de 0 à 6 ans avec un trouble du développement ou un handicap – dont la surdité - Ils bénéficient de la prise en charge d’une équipe pluridisciplinaire : directeur médical (pédiatre), chef de service, orthophoniste, psychomotricienne, psychologue, assistante sociale, EJE, professeur spécialisé dans la surdité, médecin ORL et audioprothésiste. Dans cette équipe, les deux éducatrices de jeunes enfants ont une vision globale du développement de l’enfant. « Mon rôle consiste à favoriser son éveil, la communication, l’autonomie et parfois l’aider à sa socialisation, en alternance et en complémentarité avec le travail des autres professionnelles », explique Catherine Chesnais. Elle valorise aussi les capacités de l’enfant auprès de ses parents, les aide à accepter le handicap, le rythme des apprentissages mais aussi l’idée qu’il ne pourra pas réaliser certaines choses. Elle intervient également en binôme avec ses collègues. Par exemple, parallèlement au travail de la psychomotricienne sur la posture de l’enfant, elle le stimule par le jeu afin de développer ses capacités de communication avec les autres et d’autonomie.


    EJE à l’hôpital

    « Durant toute ma carrière j’ai pris plaisir à travailler. Les quarante ans passés en milieu hospitalier – dont trente en pédiatrie – ont constitué une vraie richesse. Je ne me suis jamais ennuyée auprès d’enfants aux pathologies variées », raconte Geneviève Dias. En 1967, diplôme de jardinière d’enfants en poche, cette femme pétillante intègre le CHU de Grenoble. Elle travaille dans plusieurs services avant de rejoindre celui de pédiatrie en 1975. « Une surveillante en chef formidable et un jeune patron de pédiatrie très dynamique ont insisté pour que le service embauche une jardinière d’enfants. Ils ont compris l’importance du travail éducatif en complément du soin. Ils estimaient que notre action et nos observations apporteraient une aide dans la prévention des régressions de l’enfant lors du séjour hospitalier. À l’époque l’hospitalisme était fréquent », évoque-t-elle. De plus, dès 1976, le CHU de Grenoble innove en autorisant les parents à rester dans la chambre de l’enfant « une véritable révolution qui a obligé les équipes à évoluer, à créer des espaces adaptés aux parents mais aussi à les cadrer ».
    Chaque unité de soins de pédiatrie accueille des enfants âgés de 8 jours à quinze ans et demi, celle de Geneviève Dias compte 23 lits. Chaque matin, elle consulte le planning souvent très chargé de chaque enfant, se rend dans les chambres, les invite à la rejoindre dans leurs moments de disponibilité. Aux jeunes patients qui ne peuvent pas quitter leur chambre, elle prête livres et jouets. À 10h elle ouvre la salle de jeux, située au-dessus de l’unité et accueille les enfants, seuls ou avec un parent. Retrouver ce lieu et l’éducatrice chaque jour, mais aussi leur jouet préféré apporte aux enfants points de repères et sentiment de sécurité. Dans cette ambiance calme et ludique, Geneviève Dias est à l’écoute des désirs et besoins de l’enfant tout en restant en retrait si le parent est présent. Elle sert de lien s’il n’arrive pas à jouer avec son enfant par manque d’habitude ou par inquiétude et de relais s’il a besoin de souffler un peu. La salle de jeu constitue donc un complément aux soins, un lieu où se poser, parler d’autre chose que de la maladie et surtout prendre du plaisir. Elle diminue le stress de la famille et redonne confiance à l’enfant qui a parfois une image dévalorisée de son corps et de lui-même. Chaque semaine, l’enfant rencontre les clowns dans sa chambre s’il en a envie. Il assiste à des animations proposées par des intervenants extérieurs (percussions, théâtre…) et participe à des fêtes (carnaval, Noël…). Il peut aussi se balader ou jouer dans les espaces de verdure autour des unités de soins et – comble du bonheur - regarder les hélicoptères atterrir.
    Mais Geneviève Dias situe surtout son travail du côté de la prévention : « Les équipes médicales ne peuvent pas tout voir, nous observons très souvent des problèmes qui leur ont échappé : troubles de la marche, problèmes de comportement…. ». De plus, les parents vivent parfois des situations sociales ou familiales compliquées dont ils n’osent pas parler aux médecins et qu’ils lui confient volontiers. Selon l’importance du problème – et s’il n’est pas confidentiel — Geneviève Dias en réfère aux médecins ou au reste de l’équipe. Elle assiste également au passage de relais de l’équipe du matin à celle de l’après-midi et là encore, donne et reçoit les informations importantes.
    Dans un an, Geneviève Dias rend sa blouse. Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer le métier d’éducatrice de jeunes enfants en milieu hospitalier ? « Avant tout un grand respect de l’enfant et de sa pudeur, puis un savoir être et un savoir-faire, estime celle dont le principal atout est de rester naturelle en toutes circonstances « je travaille au feeling et m’adapte aux situations inattendues ou difficiles en rassurant l’enfant, souvent inquiet ». La curiosité, l’ouverture à la vie de l’établissement, l’écoute de l’enfant, des parents et de l’équipe constituent aussi des qualités essentielles. Le dynamisme ne doit pas faire défaut ni le sens de l’accueil et du travail en équipe pluridisciplinaire. Travailler avec des groupes d’enfants d’âges et de pathologies diverses est difficile au quotidien. « Heureusement l’enfant malade vit dans le présent, possède une force de vie incroyable qu’il nous transmet. C’est lui qui ressource les équipes », souligne Geneviève Dias. À l’heure du bilan, éprouve-t-elle des regrets ? « Oui, la mise en place rapide de lieux de parole en cas de difficultés et notamment lors du décès d’un enfant m’aurait aidée. Heureusement ma vie de famille m’a toujours permis de me ressourcer. Je retrouvais le soir des enfants en pleine forme. Cependant côtoyer chaque jour des enfants malades m’a rendue inquiète pour la santé des miens jusqu’à leurs 15 ans et demi ! Là encore, un espace pour prendre du recul aurait été utile ». Mais plus que tout, Geneviève Dias retient surtout que son regard sur les enfants a été complémentaire de celui des soignants et leur a permis de mieux vivre leur hospitalisation. Et d’insister : « D’où l’importance de la continuité de ces postes… ».


    [1Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants - 2, rue du Maréchal de Lattre de Tassigny - 44000 Nantes. Tel. 02 40 47 53 64

    [2En mai 2003, les principales conclusions de ce rapport portent sur l’amélioration des perspectives de carrière et d’évolution professionnelle des éducateurs de jeunes enfants, en leur permettant d’accéder au cadre d’emploi des conseillers socio-éducatifs. Il insiste également sur la nécessité d’adapter leur formation pour mieux répondre aux nouveaux enjeux liés à la petite enfance et à la famille

    [3Elle rassemble des professionnels de la petite enfance qui s’inspirent des travaux d’Emmi Pikler sur le développement du bébé. Cette approche invite les adultes, parents et professionnels, à considérer le bébé et l’enfant comme un partenaire actif dans ses relations et comme un acteur de son propre développement (site de l’association Pikler)


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  • Présentation de la structure

    La structure est un établissement public départemental doté d’un conseil d’administration présidé par Monsieur le Président du Conseil Général.

    Il œuvre en direction de l’enfance et de l’adolescence. A ce titre, il accueille des mineurs de 0 à 18 ans confiés par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance sur décision des autorités judiciaires.

    La mission relève des articles 375 et suivants du code civil.

    Il participe au dispositif global de la protection de l’enfance placé sous la compétence du Conseil Général depuis les lois de décentralisation.

    Il fonctionne en internat complet et prend en charge la totalité des besoins des enfants et des adolescents : gîte et couvert, habillement, santé, scolarité, loisirs et culture…

    Les trois principales missions de l'établissement sont :

    • L’accueil d’urgence

    Cet accueil s’effectue, 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Les enfants sont confiés par le Directeur de l’Aide Sociale à l’Enfance sur délégation du Président du Conseil Général. L’objectif immédiat est d’apporter aux enfants, aux adolescents ou aux femmes accueillies, une sécurité matérielle, physique et affective. Les motifs de placement sont divers. Ils peuvent être inhérents à la difficulté de la famille à prendre en charge ses enfants, à des difficultés relationnelles des parents entre eux et/ou avec leur enfant, à une situation de précarité, à une dépendance à un quelconque produit. La durée des séjours varie de quelques jours à plusieurs mois, voire quelques années dans le contexte actuel.

    • L’observation et l'accompagnement

    L’observation porte sur l'adaptation et l'intégration des usagers dans un groupe, leur comportement, leur évolution et leur autonomie. Sont également pris en considération, les actes de la vie quotidienne, la participation aux activités, la relation avec les adultes et les autres jeunes, la scolarité, l'évolution de la problématique familiale et la santé. Ces éléments doivent permettre de cerner les potentialités et les souhaits de la personne hébergée pour l’accompagner au mieux dans la réalisation du projet ou de l’émergence de ce dernier.

    • L’orientation

    Elle est préparée par l'élaboration de projets individualisés (travail avec les familles, mise en place de projets scolaires ou professionnels...) avec le jeune, sa famille et l’ensemble des partenaires sociaux. Elle vise à proposer à la personne et à sa famille, en concertation étroite avec l'Aide Sociale à l'Enfance, des réponses spécifiques et adaptées.

     

    Public accueilli

    L’établissement est doté d’une capacité d’accueil de 341 places, réparties sur 7 services éducatifs, dont 2 à l’extérieur. Le groupe, dans lequel je travaille, se trouve dans un des deux services extériorisés. Il s’agit d’un foyer à part entière se trouvant dans une autre commune que le site principal accueillant les enfants de trois à dix-huit ans (63 places).

    Le groupe, où je suis, accueille au maximum 12 enfants âgés de trois à six ans. Un deuxième groupe accueille des enfants âgés de trois à six ans. Les autres groupes complètent le panel des âges accueillis par tranches d’âges (6/8, 9/12…). Mais, notre mission d’accueil d’urgence engendre régulièrement des dépassements d’effectifs qui rendent la vie en collectivité encore plus difficile à vivre pour les jeunes enfants accueillis. Il est encore assez facile de trouver la place pour un ou deux lits supplémentaires mais le temps lui ne se rallonge pas : c’est le même pour quatorze ou dix enfants. Au final, le sureffectif produit alors stress, précipitation (cf. la vie quotidienne).

    L’équipe professionnelle est composé (à ce jour) de 2 ES, 3 EJE et 1 AMP.

    Les placements sont très majoritairement judiciaires et quelques-uns administratifs. Les motifs les plus récurrents sont : carences éducatives, défaut d’hygiène, déscolarisation, parentalisation d’un enfant dans la fratrie, problèmes de santé des parents (alcoolisme, toxicomanie, troubles psychologiques voire psychiatriques). Ils sont généralement prononcés pour une durée initiale de six mois (parfois un an dans les situations difficiles) mais très souvent prolongés de six mois voire un an. La situation actuelle dans notre région fait que nous avons du mal à orienter les enfants vers d’autres structures (peu de structures accueillent des moins de six ans et nous avons une pénurie de familles d’accueil). Les placements se prolongent et il n’est pas rare d’accompagner des enfants pendant plus de deux ans.

     

    Accompagner

    S’il faut résumer le travail en internat en un mot, accompagner serait sûrement un des termes les plus adaptés.

    Il est difficile de vraiment dissocier le travail des uns et des autres, sachant que l’éducateur de jeunes enfants effectue les mêmes tâches que l’AMP, le ME ou l’ES. Seuls les savoirs, savoirs-faire et savoirs-êtres diffèrent.

    1. La vie quotidienne

    C’est la partie la plus volumineuse du travail. La tranche d’âge (3/6 ans) induit une charge de travail très importante du quotidien du lever au coucher.

    En période scolaire, le lever se fait à sept heures et il y a un peu plus d’une heure pour préparer les enfants qui vont généralement tous à l’école (sauf maladies, rendez-vous médicaux extérieurs, prise en charge en CMP, hôpital de jour, audiences, etc.). Il faut alors réveiller les enfants, faire prendre une douche aux enfants qui ont eu un « accident de nuit », accompagner le petit-déjeuner, leur faire brosser les dents, les débarbouiller, les habiller et les coiffer, les préparer pour partir à l’école (chaussures, blousons, sacs…). Pour cela, l’éducateur est aidé par un veilleur qui finit son service à 7h30 et une maîtresse de maison.

    Pendant le temps où les enfants sont à l’école, c’est le temps de faire les lits, aller chercher le linge à la lingerie, préparer les affaires pour le lendemain et faire un travail plus administratif (les rapports, assister aux synthèses, participer à des réunions…).

    Pendant le temps de midi, le retour des enfants pour le repas est minuté car il y a environ une heure et quart de présence sur la structure.

    La plupart des enfants retourne à l’école l’après-midi sauf les plus jeunes qui font la sieste au foyer. Même chose qu’en matinée, il y a du travail administratif à faire, des accompagnements à des rendez-vous, etc.

    Au retour de l’école, après un temps de jeux libres, vient le temps des toilettes avec les soins d’hygiène qui l’accompagne (traitement poux…).

    Après le repas, une courte veillée peut être proposée (histoire, petite séance télé ou vidéo). En général, les enfants sont couchés entre 20h et 20h30.

    Pendant les vacances scolaires, le rythme est plus tranquille, les échéances horaires n’étant pas présentes. Le lever est donc échelonné (même si souvent un enfant réveillé s’empresse de lever les autres…). Le matin, les tâches quotidiennes (lits, habillage…) sont faites avec l’enfant en fonction de son développement. L’autonomie des plus grands (5/6 ans) est favorisée pour s’occuper au mieux des plus petits (3/4 ans). L’après-midi, des activités sont proposées aux enfants en fonction des moyens disponibles (personnel, moyen de transport disponible, activités extérieures ouvertes…). Il est organisé de temps en temps des activités sur une journée entière avec l’ensemble de la structure ou seulement pour le groupe.

    Au cours de l’année, le groupe vit aussi au rythme des anniversaires des enfants qui sont fêtés comme il se doit. Ainsi, l’enfant se retrouve au centre de la soirée où cadeaux et gâteaux viennent embellir l’évènement. Quand c’est le cas, les fratries sont réunies pour donner à ce moment toute la dimension qu’il doit avoir. C’est un moment de joie partagé avec les éducateurs présents qui personnalisent à chaque fois ce temps de fête.

    L’année est rythmée d’activités à caractère plus événementiel : carnaval, fête de la musique, fête de fin d’année (pour ne citer que celles-là). Elles permettent d’entretenir les liens des différents groupes (à travers les fratries) ou de créer ces liens avec les enfants accueillis. Il n’est pas rare, en effet, d’avoir régulièrement la visite d’un adolescent sur le groupe des petits simplement pour dire bonjour et passer un peu de temps. Cet aspect de la structure est peut-être secondaire mais il permet d’établir une ambiance et de compléter de part et d’autre, des liens au sein de l’établissement.

    2. Les familles

    Le plus souvent, le premier contact se fait lors de l’admission. Parfois, il arrive qu’il n’ait lieu que lors d’une visite ou beaucoup plus tard car il n’y a pas de droits de visites honorés ou à l’inverse des droits d’hébergement avec un transport en taxi empêchent tout contact direct.

    Les rapports enfant/parents durant le séjour se font sous plusieurs modalités : téléphone, courrier (moins utilisé), droits de visite, droits d’hébergement. Le téléphone a l’avantage d’être rapide et direct mais il ne permet pas à l’enfant de rencontrer sa famille. Pour les petits de trois à six ans, cela ravivent parfois la séparation (surtout au début du placement) qu’il faut alors réexpliquer pour essayer de faire comprendre à l’enfant son intérêt. Les droits de visite peuvent se faire à l’établissement ou avec sortie à l’extérieur (tout dépend de la situation). Ils peuvent varier d’une heure à la journée avec une fréquence bi-hebdomadaire à mensuelle. Les droits d’hébergement se font généralement le week-end et lors des vacances. Là aussi, la fréquence est fonction de la situation. Dans certains cas, pour permettre de savoir comment se passe les retours au domicile ou pour apporter un soutien à la famille, l’hébergement peut avoir lieu du mardi au mercredi avec l’intervention d’un T.I.S.F.

    Les enfants sont confiés par le juge à l’A.S.E. qui ensuite demande l’admission au foyer. Par ce fait, tout ce qui concerne le suivi de la situation au niveau de la famille est confié au référent A.S.E. C’est lui qui gère le calendrier des visites, rencontre la famille, rencontre l’enfant pour l’avertir de l’évolution de sa situation. Ainsi, après les synthèses, il contacte les établissements susceptibles d’être l’orientation la plus adaptée et en fait part à la famille. Il fait le lien entre la famille et la structure (surtout quand celle-ci est peu présente au sein du foyer).

    Le travail de l’éducateur au sein du foyer avec la famille revêt dans ce contexte plusieurs aspects. Lors des visites, un éducateur, détaché de son groupe, est présent pour accueillir, observer les familles et s’assurer du bien-être de l’enfant. Au quotidien, il gère les appels téléphoniques, donne des nouvelles à la famille, la contacte pour des autorisations (sortie scolaire, activités) ou pour connaître la prochaine venue en visite. Il fait le lien entre l’enfant et sa famille.

    3. Les audiences

    Elles ont lieu systématiquement à la fin de chaque mesure et peuvent être demandées par l’A.S.E. si la situation le requiert.

    Le travail d’accompagnement de l’enfant (lorsqu’il est convoqué car le jeune enfant n’est pas obligatoirement entendu. L’audition est obligatoire pour l’enfant doué de discernement - Article 388-1 du code civil - ) prend alors un sens très fort : il s’agit de préparer l’audience, ce qui va s’y entendre, la décision qui risque d’être prise, la rencontre avec le ou les parents et la séparation qu’il faudra gérer…

    4. Les rendez-vous en extérieur

    Il s’agit des rendez-vous psychologiques, bilan fait au sein d’un C.M.P. ou d’un C.A.M.S.P., hospitalisation, visite médicale scolaire, rendez-vous médicaux.

    L’éducateur est l’adulte qui, au quotidien, est au plus près de l’enfant. A ce titre, il est le plus à même d’accompagner l’enfant dans ces divers rendez-vous. Il connaît l’enfant et son histoire, son développement, ses besoins, ses points forts et ses faiblesses. Il est aussi le plus légitime pour rassurer l’enfant dans ces environnements souvent inconnus. Pour les rendez-vous médicaux, ce sont les infirmières, en charge du dossier médical, qui accompagnent les enfants.

    5. Temps de réunion

    Plusieurs types de réunions viennent rythmer le temps de travail de l’éducateur.

    Les réunions sur les enfants : elles permettent de faire le point sur la situation et de proposer un projet de vie. Généralement, une situation est parcourue. Elles sont le lieu d’échange sur les observations faites par l’équipe pour affiner la vision de l’enfant et réfléchir sur les moyens que l’on peut mettre en place pour accompagner l’enfant durant son séjour. Le psychologue et l’infirmière se joignent à la réunion pour compléter les observations.

    Les réunions pour l’équipe : elles permettent à l’équipe éducative de faire le point sur l’actualité, l’organisation, les projets en cours ou à venir avec le chef de service.

    Les réunions de service : elles réunissent l’ensemble du personnel pour échanger sur des thèmes transversaux et communs à la structure.

    Les synthèses : elles réunissent l’ensemble des partenaires sociaux qui connaissent la situation (ASE, éducateur référent de l’enfant, psychologue, infirmière, mais aussi PMI, AS de secteur, TISF intervenant au domicile, CMP, CAMPS qui suivent la situation, instituteur) pour faire le point et proposer une orientation adaptée au projet de l’enfant.

    Le travail d’équipe

    Le foyer dispose de personnel d’encadrement, de personnel éducatif, de personnel médical et de personnel spécialiste (extérieur au foyer).

    NB :

    Tout ceci est un cadre de présentation générale.

    Evidemment, cela n’est pas figé. Il s’adapte en fonction des enfants accueillis et de leur développement (souvent en retard) et de l’évolution des enfants (avec leurs hauts et leurs bas).

     

    Bibliographie :

    Livres :

    • Berger M., 2005, Ces enfants qu’on sacrifie… au nom de la protection de l’enfance, Ed. Dunod, 167 pages
    • Manciaux M., Gabel M., Grodet D., Mignot C., Rouver M., 2002, Enfances en danger, Ed. Fleurus, collection « Psychopédagogie », nouvelle édition, 775 pages
    • Berger M., 1997, L'enfant et la souffrance de la séparation, Ed. Dunod, 176 pages
    • Verdier P., 1997, L'enfant en miettes. L'aide sociale à l'enfance : bilan et perspectives, Ed. Dunod, 4e édition, 174 pages

     

     


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  • Déterminer la fonction de l'éducateur de jeunes enfants dans une équipe pluriprofessionnelle au sein d’une structure d’accueil de la petite enfance .

    Le choix de cette recherche s’est fait à partir de divers constats.

    • Hormis les fiches de postes, et autres présentations succinctes de la fonction d’EJE en structure d’accueil de la petite enfance. Il n’existe pas de présentation plus détaillée de la mission de l’Educateur dans la prise en charge du jeune enfant. Or il peut être utile de pouvoir en disposer lorsque nous présentons les différentes structures ou le rôle de l’EJE aux stagiaires de tout cursus, ainsi qu’aux différents professionnels en contact avec le domaine de la petite enfance. Ce travail peut aussi être utile pour les parents usagers de nos services, pour les futurs EJE intéressés par un poste en structure municipale.
    • De plus, lors de ma formation à l’IFEN (Institut de Formation des Educateurs de Normandie situé au Havre), le message nous a été donné de « professionnaliser l’image de l’Educateur de Jeunes Enfants sur le terrain ». En effet, la profession d’Educateur de Jeunes Enfants souffrait d’une non reconnaissance du métier qu’est véritablement être EJE. Ceci étant dû en partie à un manque de lisibilité dans les actes de ces derniers en milieu professionnel. Un manque de lisibilité, tant au niveau des autres professionnels du domaine de la petite enfance, qu’au niveau des professionnels EJE qui ont eux mêmes des difficultés à définir leur propre fonction, et à la présenter au public au sens large du terme.

    Ce rapport une fois établi pourrait donc servir de base de travail pour définir la fonction de l’Educateur de Jeunes Enfants au sein de son équipe.

    Et en prolongement de cet acte, par une étude plus approfondie nous pourrions nous diriger vers une réflexion sur le rôle et les fonctions de chacun au sein des équipes pluriprofessionnelles du service petite enfance.

    • Enfin, c’est aussi une démarche personnelle. La présentation des objectifs effectuée chaque année est un moyen d’évaluer le travail réalisé par l’agent, mais aussi et surtout de qualifier l’évolution professionnelle et personnelle de ce dernier.

    Etant au début de ma carrière j’ai voulu donc, établir un état des lieux de mes premières prises de fonctions en tant qu’EJE au sein du service petite enfance de la Ville du Havre. Un état des lieux qui présente à la fois la situation dans laquelle je me suis retrouvé au début de ma carrière. Mais un état des lieux qui répond aussi à des objectifs déterminés par la collectivité, dans la mesure où il représente un travail personnel, mais aussi un recueil de données pour pouvoir mesurer par la suite l’évolution de ma carrière professionnelle, ainsi que l’évolution du métier par lui même.

    Détermination de la fonction de l’Educateur de Jeunes Enfants en crèche :

    Avant tout, il est important de déterminer à partir de quelles bases se définit la fonction de l’Educateur de Jeunes Enfants. Un professionnel EJE possède un cursus de formation de 27 mois, alternant stages pratiques et théorie. Cette formation devrait s’allonger à trois ans à partir de 2005.
    Au cours de cette formation, des connaissances théoriques sont acquises dans différents domaines tels que la psychologie du jeune enfant, le développement du jeune enfant, la santé, la pédiatrie, la psychologie sociale (comportement de l’individu seul ou en interaction avec le groupe).
    Des techniques particulières pour appréhender l’enfant, de manière optimum, nous sont aussi présentées comme : l’observation, l’écoute, la verbalisation et plus spécifiquement des démarches de réflexion pour mener des actions éducatives et aménager le temps que l’enfant passe en collectivité, ainsi que l’espace dans lequel il évolue, en fonction de son propre rythme et de ses propres besoins.

    La fonction de l’EJE en crèche va donc s’exercer auprès de l’enfant mais aussi auprès des différents éléments qui l’environnent, et tout particulièrement sa famille. Cette fonction s’exerce grâce à un savoir être, un savoir faire et un savoir « du pourquoi faire » propres à la profession (car acquis de manière générale lors de la formation), mais aussi de surcroît propres à chaque EJE.
    Je vais maintenant déterminer cette fonction par rapport à différents sujets précis.

    I. Par rapport aux enfants :

    Lors d’un accueil en collectivité une distinction doit être faite entre la prise en charge du groupe et la prise en charge de l’individu. De la qualité de la première découlera celle de la seconde, en sachant que cette relation peut se trouver inversée selon les situations. Par exemple, lorsque l’on travaille sur un groupe de bébés la prise en charge de l’individu prime sur celle du groupe. La notion de groupe se découvre petit à petit.

    La prise en charge du groupe :

    Elle nécessite avant tout une organisation précise de la journée. Le but de cette mise en oeuvre est de préserver un équilibre dans la dynamique du groupe afin de favoriser la gestion de ce dernier et de privilégier le confort des enfants. Ceci s’applique particulièrement chez les 18-36 mois.

    Spécialisé dans l’observation du comportement des individus au sein du groupe, et dans la connaissance de la constitution des rapports existant entre enfants, l’Educateur de Jeunes Enfants va savoir distinguer les besoins des enfants et se faire une idée de la dynamique du groupe ainsi que sur les facteurs qui la conditionnent.

    L’Educateur de Jeunes Enfants étant garant de la conservation d’une dynamique de groupe équilibrée, il va donc devoir agir pour préserver cet équilibre.

    Ses actions vont se révéler sur le terrain par un important travail d’animation c’est à dire créer et entretenir une mouvance, une dynamique positive entre les individus du groupe en proposant à des moments opportuns ou établis, des temps d’activités ou de jeux libres par petits groupes ou en groupe entier. Il va aussi influer sur la nature et le contenu des temps d’activités ou des temps de jeux, afin de privilégier l’harmonie de ce dernier.

    Rappelons que la prise en charge d’un groupe se base sur une surveillance et une vigilance accrues afin d’en assurer sa sécurité.

    La notion de groupe implique aussi qu’il faut prendre en compte tous les aspects de la vie en collectivité, c’est à dire établir des règles de vie à respecter. Enfin, pour le jeune enfant au sein d’un groupe, c’est aussi les prémices de la socialisation.

    Prise en charge de l’individu dans le groupe :

    Il faut savoir que la crèche peut être définie comme un environnement global dans lequel l’enfant va évoluer. Et il est nécessaire que ce dernier soit de qualité.

    Cet environnement est constitué d’un environnement spatial qui est la structure d’accueil dans son aspect matériel et dans l’espace qu’elle propose.

    Un environnement social et affectif qui est le groupe constitué par l’ensemble des enfants accueillis, plus l’équipe pédagogique constituée par les professionnels.

    L’éducateur agit sur ces trois facteurs (spatial, social, affectif) afin de proposer à l’enfant un environnement global optimum.

    • Pour optimiser l’environnement spatial de l’enfant :
      L’EJE aménage différents coins de jeux afin de favoriser la circulation des enfants d’un espace à un autre. Aménager l’espace, c’est aussi donner une ambiance chaleureuse, accueillante, sécurisante à l’endroit (décoration, « nid douillet ») et installer des coins dont les fonctions répondront à des besoins de l’enfant ( ex : jeux symboliques, coin bibliothèque, coin repos).
      Cet aménagement de l’espace ne doit pas être intempestif, il doit constituer pour l’enfant une base stable avec des repères spatiaux fixes et définis. Dans une même démarche, il est aussi important de donner à l’enfant des repères temporels fixes et facilement identifiables.
    • Pour optimiser l’environnement social de l’enfant :
      L’EJE agit directement sur la prise en charge du groupe. Plus le groupe sera stable avec une dynamique équilibré, plus cela constituera pour l’enfant un repère stable et sécurisant. D’où l’importance d’une prise en charge du groupe de qualité pour que celle de l’enfant le soit aussi.
    • Pour optimiser l’environnement affectif de l’enfant (qui s’intègre dans l’environnement social) :
      L’EJE va aider l’enfant à se créer des repères affectifs stables. Avec les autres enfants en l’invitant à faire connaissance avec eux, en favorisant son intégration.
      Avec les membres de l’équipe et lui même en proposant une présence bienveillante et sécurisante par des regards, des gestes, des postures, des paroles (notion de verbalisation) adaptées aux différentes situations (parfois difficiles) que l’enfant va rencontrer.
      Avec les adultes en général, en invitant à la rencontre, en le sécurisant.

    A partir de cet environnement qui constitue une base élémentaire de sécurisation et de bien être, l’enfant va pouvoir grâce à cela se développer sereinement.

    Le développement de l’enfant :

    Le développement de l’enfant peut lui aussi être abordé sur plusieurs angles d’approches. Tout d’abord un premier angle peut concerner « l’enfant et son corps », puis un deuxième concerner « l’enfant et sa personne ». Ces deux aspects de la construction de l’enfant se développent simultanément de manière confondue et ils sont complémentaires. L’objectif de l’Educateur est que le développement de l’enfant sur ces deux aspects soit le plus harmonieux possible.

    L’enfant et son corps :

    Toutes approches du développement de l’enfant ne peut se faire sans prendre en compte qu’il est indéniable que l’enfant possède un développement biologique, physique (moteur) et physiologique qui résulte d’une véritable maturation de l’organisme, et qu’il convient donc de prendre en considération dans toutes prises en charge de l’enfant. Les acquisitions motrices (le quatre pattes, la marche, …), l’acquisition de la propreté, l’acquisition du langage dépendent d’ailleurs fortement de cette maturation. Ce rythme biologique est propre à chacun, et on se doit de le respecter. Dans un même ordre d’idée nous devons respecter les besoins fondamentaux de l’enfant concernant son alimentation (rythme de repas, appétit), son sommeil (rythme de sommeil et de veille), son hygiène, sa sécurité et son confort.

    En plus de cela, l’enfant possède aussi un rythme d’acquisition et de capacité d’apprentissage qui dépendent de sa motivation à progresser, de son envie de découvrir et d’apprendre pour lui seul, mais aussi par rapport aux autres. Ce rythme est étroitement lié avec sa confiance en soi et son bien être. L’entourage de l’enfant y joue donc un rôle important.

    L’Educateur de Jeunes Enfants peut donc déjà dans un premier temps intervenir ici pour favoriser le développement de l’enfant.
    Concrètement cela s’applique par une verbalisation importante autour des actions de l’enfant de façon à l’accompagner dans ses démarches d’expérimentation et d’acquisition, en l’encourageant et en le valorisant ; en le motivant à chaque étape de progression ou derégression, d’échec ou de réussite afin qu’il conserve une certaine confiance en lui.

    Dans un second temps, l’EJE peut aussi aider au développement de l’enfant, en intervenant cette fois ci directement dans les domaines de développement liés au corps de l’enfant que sont le domaine moteur (déplacement, marche) et psychomoteur (motricité fine, jeu d’adresse), le domaine cognitif (langage, vocabulaire) et psychocognitif (communication, raisonnement).

    Pour cela l’EJE s’emploie à mettre en place des activités ou des jeux proposant une diversité de supports d’expérimentation adaptés aux besoins de l’enfant en terme d’expérience, de découverte, de soi, et de ses capacités.

    J’aborderai d’ailleurs, ici, la question de l’accueil de l’enfant possédant un handicap et de son intégration au sein d’une collectivité.
    Sa prise en charge se définira selon les mêmes termes qu’énoncés précédemment, et se déclinera à travers des démarches adaptées à l’enfant et à son handicap, et des activités spécifiques si besoin s’en ressent.

    Ces activités (« spécifiques » ou non) sont proposées en accord avec les différents stades d’apprentissages ou stades d’acquisitions dans les domaines de développement propres à chaque enfant. Le but étant que l’enfant possède un développement le plus harmonieux possible, c’est à dire qu’il existe un équilibre entre chacun de ces domaines.

    Cette harmonie dans le développement de l’enfant doit se jouer aussi de façon plus globale par rapport aux autres domaines de développement de l’individu, ceux plus proche de l’épanouissement personnel.

    L’enfant et sa personne:

    On se place ici dans une dimension beaucoup plus symbolique dans la prise en charge de l’enfant, mais au combien importante. L’enfant va découvrir peu à peu qu’il est un individu à part entière évoluant dans un environnement social. L’enfant est dans la découverte de son environnement social mais aussi dans la découverte de soi.

    La prise en charge de l’EJE va alors se caractériser par ce que l’on appelle la relation éducative. C’est en fait un lien que l’Educateur va entretenir avec l’enfant, qui consiste à traduire dans une symbolique, dans une représentation qui soit la plus compréhensible possible pour l’enfant, les faits, les situations, les expériences que l’enfant vit au quotidien afin que ce dernier puisse les comprendre et les assimiler. De ce fait, il peut ensuite identifier et définir les différents éléments qui constituent le sein de son environnement dans lequel ainsi éclairé et guidé il va pouvoir évoluer, grandir et découvrir.

    Cette relation éducative se construit dans l’échange avec l’enfant. Grâce à une dialectique basée sur le langage, les postures, les émotions, l’EJE va amener l’enfant à appréhender le monde qui l’entoure dans toute sa complexité. La relation éducative s’étend sur tous les domaines d’expérimentation et d’apprentissage qui concernent l’enfant dans ses différentes phases de développement telles que j’ai pu les déterminer précédemment. Et d’une façon plus générale au delà du domaine du jeune enfant, nous devrions pouvoir souhaiter qu’elle s’applique de cette manière aussi dans toutes démarches éducatives concernant l’enfant en général, l’adolescent ainsi que l’adulte. Que ce soit pour l’Educateur de Jeunes Enfants ou le professeur de lycée tout deux dans leur registre professionnel, ou que ce soit pour le parent qui lui aussi est un « adulte éducateur ».

    Par cette approche, en communiquant, en rassurant, en prenant en considération les besoins individuels de l’enfant, en tenant compte de sa parole, l’EJE va progressivement amener l’enfant à découvrir ses capacités, à se découvrir lui même, à aller vers les autres, à prendre confiance en lui. L’enfant va prendre conscience peu à peu qu’il est une personne à part entière avec une identité propre, et que l’ensemble de ses découvertes vont graviter autour de cette prise de conscience.

    L’éveil:

    Pour que l’enfant s’épanouisse au maximum, il faut aussi pouvoir prendre en compte le domaine de l’éveil de l’enfant. Favoriser l’éveil de l’enfant, c’est mettre en exergue son envie de découvrir, l’inviter à découvrir avec plaisir. C’est savoir le rendre curieux et l’intéresser à la découverte son environnement, tout en privilégiant son plaisir.

    Pour cela, l’Educateur de Jeunes Enfants dispose de différents outils pédagogiques (connaissances théoriques, observation, expérience) et va donc pouvoir proposer une variété de supports d’expérimentation sur le plan moteur, psychomoteur, cognitif. En diversifiant les supports de jeu, les jouets et les activités, le but du professionnel est de favoriser la découverte des sens et des éléments.

    A ce type d’éveil (que je pourrais qualifier d’ « éveil personnel ») s’ajoutent aussi l’éveil culturel et artistique qui alimentent la symbolisation et les facultés d’imagination du petit bout d’être humain qu’est un enfant.
    Pour ces derniers l’apport d’histoires, de comptines, de marionnettes sont bénéfiques, tout comme la sensibilisation à la musique et la manipulation d’instruments, l’écoute de différentes musiques du monde, l’observation de différentes images du monde (photos d’enfants africains, asiatiques).

    Nous voyons donc ici la fonction de l’EJE auprès du jeune enfant et du groupe d’enfants, mais sa tâche ne s’arrête pas là. L’EJE a aussi un rôle, au sein de son équipe, de dépistage et de prévention dans le domaine de la santé publique (problème d’audition, de vue, retards psychomoteurs, obésité, malnutrition …), dans le domaine du social (maltraitance, carences éducatives).

    En matière de dépistage, si sur le terrain professionnel à l’aide d’une observation détaillée, objective, sérieuse et réfléchie, l’EJE détecte une anormalité de ce genre avec son équipe, l’EJE peut alerter des professionnels spécialisés (psychologue, pédiatre) qui eux pourront juger de la valeur des faits constatés. Il peut aussi être envisageable d’orienter les parents vers ces mêmes spécialistes, dans quel cas cette décision devra être prise après une analyse et une réflexion sur les faits observés devant être sans faille.

    En matière de prévention la fonction de l’EJE s’attache principalement à véhiculer des informations. Des réunions peuvent être organisées avec l’aide d’une infirmière ou d’infirmières puéricultrices sur des thèmes donnés, la distribution de supports d’informations est aussi une action de prévention réalisée par l’Educateur de Jeunes Enfants.

    Enfin, l’EJE peut aussi agir en orientant certains parents vers d’autres domaines de prise en charge, vers d’autres professionnels (de l’éducation, de la santé, pour les loisirs…) soit suite à des observations effectuées sur le terrain, soit suite à des demandes directes faites par les parents eux mêmes.

    II. Par rapport aux parents :

    De mon avis personnel, je trouve que le lien avec les parents que l’on peut entretenir lors des temps d’accueil et de départ des enfants est d’une importance capitale pour la prise en charge de l’enfant, de part les différents échanges et transmissions d’informations qui s’y attèlent.

    Une bonne prise en charge de l’enfant consiste à prendre en considération ce qui environne l’enfant et donc nécessite que l’on s’intéresse particulièrement à son environnement familial.
    La prise en considération de l’environnement familial de l’enfant est de ce fait un facteur clé pour le développement de ce dernier. Pour le suivi de l’enfant et son développement personnel, il est donc primordial de favoriser ces temps d’échange avec les parents afin de dégager des informations sur l’enfant dans son domaine familial et de pouvoir faire le lien entre l’univers de la structure d’accueil et l’univers de la famille ; et ce pour deux aspects bien distincts.

    Du côté de l’Educateur :

    L’éducateur a accès à des informations qui sont périphériques à l’évolution de l’enfant, telle qu’il peut l’observer uniquement au sein de la crèche.

    C’est à dire qu’en plus de la représentation qu’il se fait de l’enfant de façon précise lorsque ce dernier est à la crèche (cette représentation, je le rappelle, reste bornée exclusivement à une observation de l’enfant à l’intérieur de la collectivité).
    L’éducateur peut se faire une représentation globale de l’enfant qu’il a en charge, en y ajoutant une représentation de ce même enfant quand il évolue à l’extérieur.
    Ainsi, il peut mieux détecter les besoins de l’enfant et y répondre de manière plus adaptée en réajustant ses actions vers l’enfant. De cette manière, l’éducateur optimise sa prise en charge et favorise au mieux le développement personnel de l’enfant.

    Si il multiplie ses temps d’échanges avec les parents il pourra être informé en temps réel sur les évolutions de l’enfant, et inversement il informera les parents de ce qu’il a pu observer. Il garantit ainsi un meilleur suivi de l’enfant.

    Du côté de l’enfant :

    Il va être valorisé par rapport au regard et à l’écoute de ses parents face aux propos de l’éducateur de jeunes enfants qui va relater les expériences, les réussites, les bons moments que cet enfant a vécu pendant sa journée à la crèche. L’enfant va se sentir ainsi considéré, ce qui est constructif pour sa personnalité et son développement personnel car cela va lui permettre entre autre de développer son estime de soi.

    Il sera aussi utile et constructif pour l’enfant de discuter avec lui et ses parents de ce qu’on a pu lui reprocher au cours de la journée. En fonction de la position de ses parents, l’enfant va « réagir » d’une certaine manière soit immédiatement, soit ultérieurement. Cette réaction sera plus ou moins visible, mais elle fera partie de son processus de construction. Les attitudes des parents face à telle ou telle situation constituent des repères, des références pour les enfants et ils se construisent en fonction de cela.
    En tant qu’« adulte-éducateur », par nos mots, nos actions, nos réactions face à l’enfant nous proposons nous aussi des repères, des références qui serviront à l’enfant pour se construire.

    C’est donc pour cela que le discours que l’on tient face à l’enfant doit être clair et adapté à l’enfant afin que ce dernier comprenne bien notre démarche, qu’il puisse se situer par rapport à ce discours, et qu’il puisse utiliser ce qui lui est dit .

    Nous le voyons donc, l’accueil des parents est un temps important dans la prise en charge de l’enfant. Mais il est tout aussi important pour la prise en charge des parents eux mêmes.

    L’accueil doit aussi se définir sur le temps que l’on passe avec les parents. Cet instant est à privilégier car il est porteur d’une multitude d’informations, de questionnements, d’angoisses de la part de ces derniers. Il faut alors pouvoir se donner les moyens d’être à l’écoute, d’entendre ce qui est dit mais aussi ce qui est moins audible.

    L’EJE a donc pour fonction de favoriser les échanges et l’écoute dans un soucis d’équité afin de donner une place au parent.
    Sa fonction réside dans la mise en place sur le terrain d’espaces de paroles formels et informels, où, par la verbalisation l’EJE va donner des conseils, aider les parents, les orienter, les informer.

    Le travail prioritaire étant de préserver d’une certaine façon l’« équilibre familial ». Car le fait de laisser son enfant pour une journée entière à d’autres adultes qui assureront sa prise en charge et une partie de son éducation, peut être vécu par les parents comme un manque. Pour ces parents, comme pour les parents simplement soucieux du bon développement de leurs enfants, il est important de pouvoir leur transmettre ce que leur enfant a vécu pendant la journée.
    Ce moment de transmission permet l’appropriation par les parents du temps que l’enfant a passé en crèche. Il facilite aussi l’intégration des parents dans la vie de la crèche. Ainsi nous proposons véritablement une place aux parents, car il est important de rappeler que les professionnels de la petite enfance ne sont pas là pour suppléer les parents dans l’éducation de leur enfant, dès l’instant où ce dernier passe les portes de la crèche. Le but de l’accueil des parents est bien de valoriser la notion de « co-éducation ».

    III. Par rapport à l’équipe :

    Au sein de son équipe (majoritairement constituée de plusieurs auxiliaires de puériculture et d’un ou d’une éducatrice de jeunes enfants, voire d’une infirmière), l’EJE à un rôle à jouer.

    Tout d’abord il tient une fonction de coordination. En exploitant et en valorisant la complémentarité des domaines de connaissances propres à chacun, l’Educateur de Jeunes Enfants veille à ce que les actions menées par l’ensemble de l’équipe soient cohérentes et qu’elles assurent une certaine continuité dans la prise en charge de l’enfant.
    Il invite les membres de l’équipe à participer à l’effort de mise en œuvre des orientations éducatives portées par l’EJE. Il peut animer des réunions. Il a aussi un rôle de médiation au sein de son équipe, comme dans le lien entretenue avec la hierarchie.

    Enfin sa fonction consiste aussi à favoriser le travail d’équipe. Grâce à une réflexion commune l’ensemble de l’équipe va définir les tâches de chacun dans la prise en charge individuelle du jeune enfant. L’EJE prend bien évidemment part à ce travail et ce au quotidien, dans les soins portés à l’enfant (les changes, le lavage des mains, la prise de repas), la surveillance de sieste.
    De part son cursus et donc de part ses connaissances spécifiques, il participe à la formation du personnel, au quotidien, sur le terrain, face à des situations précises, il peut faire partager ses connaissances et amener le dialogue sur les différentes façons d’agir auprès d’un enfant.
    Toujours par rapport à sa spécificité en terme de connaissances pédagogiques, il oriente l’élaboration du projet pédagogique, il mène la réflexion, fait des propositions. Avec pour objectif principal : l’amélioration de la prise en charge de l’enfant.

    IV. Par rapport à l’environnement professionnel :

    Il participe au choix des intervenants extérieurs (artistes, association, bénévoles). Il collabore à l’ouverture de la structure d’accueil vers d’autres partenaires (écoles, bibliothèque, ferme pédagogique,…).

    Mais il est surtout garant de la transmission d’une représentation claire et objective du rôle de l’EJE en crèche, afin que le grand public comme les professionnels plus avertis puissent connaître ce métier.
    Il a pour fonction de former les différents stagiaires qui fréquentent leur structure, en particulier ceux de la filière EJE. Et pour ce faire et pour tout le reste il se doit lui même de se former régulièrement et de s’informer sur l’évolution du monde de l’éducation.

     

    Auteur : sébastien PINET

     


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  • Document Suisse relatif aux compétences des EJE : Intégrer une équipe professionnelle, travail en équipe, champ professionnel...

    Relation à l'enfant : L'EJE a le devoir de :

    • Satisfaire les besoins fondamentaux de l'enfant
      dormir, manger, soigner
    • D'assistance et de sécurité
      respecter des normes de sécurité, repérer des signes résultant de négligeance ou de maltraitance
    • D'accueil
      s’adresser à l’enfant d’une manière accueillante et en manifestant une disponibilité par des paroles et des gestes appropriés
    • D'écoute
      être à son écoute dès son arrivée, à la réunion, lors du change, du jeu, des repas, de la sieste…bref en permanence…
    • De parole
      expliciter les gestes, mettre des mots sur les émotions, développer un langage approprié
    • De reconnaissance de l'enfant en tant qu'individu
      l’appeler par son prénom, se mettre à la hauteur de l’enfant, respecter ses choix (alimentation, jeux..), ses horaires (siestes, repas…)
    • De connaître et d'expliciter le développement socio-cognitif de l'enfant et l'accompagner en conséquence
      Connaître le stade de développement de l'enfant et lui proposer des activités en conséquence : des puzzles, dessin, bricolages, livres, dînette, duplos, instruments de musique, jouets avec textures différentes, jeux moteurs…
    • De sensibiliser l'enfant à son appartenance au groupe
      Apprendre le partage, la patience, l’écoute… lors de la réunion, des repas, du brossage des dents, du jeu…
    • De créer un climat sécurisant et stable
      Sécuriser l'enfant par un langage, des attitudes, des gestes appropriés, favoriser une stabilité dans le personnel tant sur la semaine qu'à long terme
    • De poser un cadre et des limites claires et motivées
      Poser un cadre de référence suivi par l'équipe éducative qui permet à l'enfant de se sentir sécurisé, montrer l'exemple et respecter l'enfant
    • D'observation de l'enfant
      Faire des observations journalières, entretiens bi-annuel avec les parents
    • De retransmission aux collègues
      Consulter le cahier d’information, le classeur d’information des enfants, au colloque, entre deux portes

     

    Relation à la famille : L'EJE s'engage, par des comportements et des attitudes adéquats, à :

     

    • Développer un partenariat avec la famille et les intervenants extérieurs
      Effectuer des observations sur l’enfant et les retransmettre lors d'entretien avec les parents, discussions lors des arrivées et départs

     

    • Accueillir chaque famille de manière individualisée en tenant compte de la collectivité et de ses règles
      Respecter les croyances religieuses, suivre les indications médicales, respecter les normes d'encadrement du Service de Protection de la Jeunesse de la part de l'institution. Les parents s'engagent à respecter les horaires d'ouverture et de fermeture

     

    • Sécuriser les parents grâce à un encadrement professionnel adéquat et établir une relation de confiance.
      Valoriser le premier accueil, ainsi que la période d'intégration. S’adresser aux parents d’une manière accueillante et en manifestant une disponibilité par des paroles et des gestes appropriés. Connaissance du règlement ainsi que du projet pédagogique.

     

    • Remettre en question ses attitudes et comportements envers les familles, les enfants, lors de colloques ou de supervisions
      Participer au colloque hebdomadaire et au colloque mensuel du soir, entretiens réguliers avec la directrice, suivre des cours de perfectionnements, des formations, des conférences…

     

    • Participer au règlement des conflits ou désaccords éventuels avec la famille et expliciter ses actions
      Préparer et conduire des entretiens avec les parents

    Restituer aux parents les informations ou observations faites par l'équipe
    Transmettre le déroulement de la journée aux parents, restituer les observations lors d'entretiens bi-annuel

     

    Intégration dans une équipe professionnelle

    • s’intégrer, être partie prenante du fonctionnement de l’équipe, situer les différentes fonctions
      connaître le fonctionnement de l’institution, du règlement, du projet pédagogique
    •  Mettre à disposition et partager ses savoirs et ses compétences, faire part de son point de vue
      discuter lors des colloques hebdomadaires et mensuels de situations diverses comme par exemple l’élaboration d’un projet pédagogique
    • Communiquer ses intentions, ses questions
      Exprimer, lors de colloques ou d’entretiens individuels ses questions, interrogations
    • Utiliser les remarques et les suggestions des collègues, demander et recevoir des conseils
    •  Solliciter les personnes ressources

    Travail en équipe

    • travail avec les stagiaires et étudiants
      accueillir les stagiaires, les intégrer dans l'équipe éducative, les encadrer par des entretiens bi-mensuels, collaborer avec l'école, rechercher des documents, préparer des bilans intermédiaires, et rédiger des rapports
    • Préparer, participer, voire animer des réunions composées du pourtour social du jeune enfant, et prendre des procèsverbaux
    • Faire circuler l’information, faire part de ses observations, remarques, suggestions à l’équipe de travail, échanger, confronter, négocier, débattre
      utiliser le cahier d’information, rédiger et lire les procès-verbaux des colloques, s’exprimer lors des colloques
    • Lors de colloques, identifier les situations-problèmes, les analyser et élaborer des hypothèses de compréhension et d’action
    • Collaborer au sein d’une équipe, faire des propositions, négocier et gérer les conflits
      être à l’écoute des autres, et ouvert à d’autre proposition, savoir se remettre en question

    Connaissances du champ professionnel

    • Situer l’institution dans un contexte politico-social
    • Connaître et différencier les organismes professionnels extérieurs avec lesquels des collaborations sont en cours
    • Chercher les ressources adéquates aux situations rencontrées
    • Tenir compte de la réalité de ses contraintes, avoir connaissances des enjeux politiques
    • Connaître et appliquer les concepts en pédagogie, psychologie, psychopathologie, sociologie
    • Planifier son programme de formation continue
    • Défendre la profession et les enjeux professionnels
    • Développer un esprit de recherche, élaborer de nouveaux outils professionnels

     


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  • eje


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  • L'éducateur de jeunes enfants exerce une fonction d'accueil des jeunes enfants et de leurs familles dans les différents établissements et services pouvant les recevoir. Les missions qui lui sont confiées sont en constante mutation du fait des évolutions sociales, mais aussi du fait des politiques nationales et locales qui jouent un rôle fondamental dans la mise en place des modes d'accueil Petite Enfance.

     

    L'éducateur de jeunes enfants est un travailleur social spécialiste de la petite enfance. Ses fonctions se situent à trois niveaux : éducation, prévention, coordination. Il s'attache à favoriser le développement global et harmonieux des enfants en stimulant leurs potentialités intellectuelles, affectives, artistiques. En créant un environnement riche et motivant, il contribue à leur éveil et à leur apprentissage à la vie sociale.

     

    Le rôle de l'éducateur de jeunes enfants est défini par :

     

        - la prise en charge du jeune enfant dans sa globalité en lien avec sa famille : ce qui suppose une éthique, des connaissances et des techniques spécifiques. Cela entraîne, en outre, un travail en équipe, l'élaboration, la mise en oeuvre, l'évaluation des projets éducatifs et sociaux et la contribution au projet d'établissement et de service.
        - un positionnement particulier dans le champ du travail social : spécialiste de la petite enfance, il a pour mission d'adapter ses interventions aux différentes populations, de lutter contre les risques d'exclusion, de prévenir les inadaptations socio-médico-psychologiques. Il crée un environnement permettant la construction de liens sociaux et un accompagnement de la fonction parentale. Pour accomplir ses missions, il est amené à développer des partenariats avec les professionnels du champ sanitaire, social et de l'éducation nationale.
        - une fonction d'expertise éducative et sociale de la Petite Enfance : il est acteur des politiques sociales territoriales. Il formule et recense les besoins en modes d'accueil, développe concertation et partenariats locaux, favorise et veille à l'adéquation entre les politiques sociales et leur mise en ouvre dans l'environnement où il évolue.

     

    On recense environ 9 000 éducateurs de jeunes enfants (données DREES 1998) employés par les collectivités territoriales (communes, départements) et des associations et structures privées.
    Leurs secteurs d'intervention sont :

     

        - Le secteur social : établissements et services d'accueil des enfants de moins de sept ans, établissements et services sociaux, services d'aide à domicile ;
        - le secteur sanitaire ;
        - le secteur médico-social ;
        - le secteur de l'assistance éducative ;
        - le secteur du loisir, de la culture et de l'animation ;
        - le secteur de l'éducation ; et tout endroit accueillant potentiellement des jeunes enfants.

     


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