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    Le doudou, si précieux, si nécessaire

    France Lebreton, le 09/05/2017 à 17h00
    Mis à jour le 10/05/2017 à 10h11

     

    Le doudou joue un rôle essentiel dans le développement de l’enfant, l’apaise, lui donne confiance, le rend créatif.

     

     

    Le doudou suit l’enfant partout, doux, rassurant… et pas toujours très propre !

    Le doudou suit l’enfant partout, doux, rassurant… et pas toujours très propre ! / Stephanie Tetu/Picturetank

    «Où est le doudou ? », « Tu as pris le doudou ? » « J’ai perdu le doudou ! » « Va chercher ton doudou ! » Aucun parent, aucun enfant, aucun professionnel de la petite enfance n’ignore de quoi il s’agit. Même si certains se ressemblent, les doudous sont tous différents. Tantôt une petite peluche à grandes oreilles ou à tête de nounours avec un corps tout mou, tantôt un foulard, un lange, un bouchon de laine, un vieux tee-shirt…

    « Des objets qui n’ont l’air de rien et sont faits pour n’avoir l’air de rien. Un doudou, ce n’est presque rien. Presque… », lançait la philosophe et romancière Catherine Clément en ouverture d’une conférence sur le doudou (1). Elle s’empressait toutefois de rappeler que le psychanalyste britannique Donald Winnicott (lire ci-dessous) avait réfléchi toute sa vie sur ce « presque rien » qu’il appelait « objet transitionnel », et, au-delà, sur les phénomènes transitionnels, à l’origine de toute création.

    L’objet transitionnel, une étape fondamentale du développement

    Ces objets variables, protéiformes, possèdent en tout cas au moins un point commun : ils sont doux, souples, malléables. Autrefois, ils n’étaient pas nommés parce que chacun se fabriquait son doudou. Un coin d’édredon dans la main, un drap entre les orteils… Son identification a contribué à le commercialiser et à lui attribuer une place de choix dans le trousseau du nouveau-né. Aujourd’hui, il est offert en cadeau de naissance. Le bébé peut en recevoir une dizaine dans son berceau ! Mais, au bout du compte, c’est lui qui choisit son doudou. L’objet ou l’espace transitionnel est une étape fondamentale de son développement.

    Au début de sa vie, l’enfant voit sa mère comme un prolongement de lui-même. Les soins qu’elle lui prodigue lui permettent de vivre l’illusion qu’il est le créateur du sein ou du biberon. Entre 4 et 8 mois, le bébé perçoit qu’il y a deux personnes distinctes, « moi et non-moi ». Il prend conscience de la présence ou de l’absence de sa mère. Ce passage, de l’état d’union à sa mère à l’état de relation avec elle, est représenté par un objet, dit transitionnel, parce qu’il permet, tel un pont, cette transition dynamique, ce mouvement psychique.

    C’est le début de l’autonomisation, de l’individuation de l’enfant. Ce dernier attribue au doudou un pouvoir magique qui lui permet d’accepter d’être séparé de sa mère, d’espérer son retour, d’avoir confiance en l’autre. Pour qu’il soit investi de la sorte, le doudou fera la transition entre la maison et la crèche, la maison et l’école.

    Ce précieux doudou, que l’enfant respire, renifle, suçote, mâchouille, tortille, est investi d’une odeur de maman, de maison, du premier attachement, qui est, selon Winnicott, « le souvenir d’une expérience heureuse ». Certes, l’objet n’est pas toujours très propre, surtout lorsque le tout-petit commence à le traîner partout. Souvent les parents acquièrent un doudou en plusieurs exemplaires, pour pouvoir laver « l’original » ou parer à une éventuelle disparition. Perdre le doudou vire parfois au drame. Et peut déclencher des mouvements de solidarité sur les réseaux sociaux (#doudouperdu), voire le recours à certains sites spécialisés dans la revente de modèles de marque (« Mille Doudou ») à des parents éplorés.

    Une spécificité occidentale

    En réalité, l’objet doudou importe moins que ce qu’en fait l’enfant. « L’adulte doit répondre à ses besoins, sans chercher à imposer de règles », estime Catherine Pierrat, psychologue. « Quand il est tout petit, le doudou est posé à côté de lui, il le prend ou pas. Jusqu’à l’âge de 3 ans, on laisse le doudou en libre accès, à portée de main. L’enfant le saisit quand il en a besoin. On le lui donne quand il est triste, pour le calmer, le réconforter, l’endormir. L’enfant le lâche de lui-même lorsqu’une activité détourne son attention », poursuit-elle.

    Pour autant, « le doudou n’est pas la réponse absolue », nuance Pierre Salesne, psychanalyste et directeur pédagogique d’un réseau national de crèches, la Maison Bleue. « Il ne s’agit pas de donner le doudou à son enfant puis de lui tourner le dos pour aller préparer le repas. Il faut aussi le regarder, l’écouter. Est-il content ? Mécontent ? On peut lui dire, par exemple : “Prends ton doudou, je reviens dans cinq minutes”. Mais il faut alors tenir parole. »

    Selon ce thérapeute, les parents ont besoin d’être éclairés sur les enjeux du doudou. Et aussi, parfois, de s’interroger sur leur propre attitude. Dans un contexte de fragilisation des liens, le doudou peut venir calmer l’angoisse de séparation des adultes. Un enfant de parents divorcés possède parfois deux doudous, l’un chez papa, l’autre chez maman.

    Dans ce cas, l’objet risque de représenter l’enfant qui n’est pas là. Il devient alors le doudou du parent. Pour répondre au besoin de son enfant – qui consiste à investir un objet –, mieux vaut laisser le doudou faire la navette entre ses deux maisons. Peu à peu, comme il s’est séparé de sa mère, l’enfant va se séparer de son doudou, se tourner vers l’action, gagner en autonomie.

    Il est par ailleurs frappant de noter que le doudou n’est pas un phénomène universel. Ainsi, Catherine Clément souligne la spécificité occidentale de cet objet. En Afrique, où les jeunes enfants sont en permanence portés sur le dos, tour à tour, des différentes femmes de leur entourage, il n’existe tout simplement pas. Selon l’hypothèse de la philosophe, le doudou viendrait combler dans nos pays le vide laissé par la disparation des rites initiatiques, de l’espace sacré.

    à lire aussi

    « Garder son doudou n’empêche pas de grandir »

    Le doudou, compagnon des enfants, relais des adultes

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    Winnicott, le « père » du doudou

    Le 30 mai 1951, à Londres, le britannique Donald W. Winnicott (1896-1971), pédiatre formé à la psychanalyste, présente un exposé sur les objets et les phénomènes transitionnels. Ses recherches sont nées dans le creuset des bombardements et des douleurs de la Seconde Guerre mondiale. Médecin engagé sous le Blitz, comme bon nombre de ses confrères, Winnicott s’occupait alors des enfants orphelins. Ses travaux ouvrent un champ de recherche et de réflexion aux conséquences fondamentales sur l’accompagnement du développement du jeune enfant. Winnicott voit dans cet « espace transitionnel » l’origine de la culture et de toute création. Son œuvre majeure, Jeu et réalité, est publiée, en France, en 1975. On peut le lire dans la collection « Folio Essais », Éd. Gallimard, 2015 (8,20 €).

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    Pistes

    Des livres

    Le Doudou du loup. Petit loup vit avec sa famille et son doudou préféré. Pour être un grand méchant loup, il doit apprendre à chasser les petits animaux. Or, ils ressemblent un peu trop à sa peluche adorée. Les Belles Histoires, Bayard Jeunesse, 5,20 €. Dès 3 ans.

    Mon doudou caché. Papa ou maman change de pièce, ils partent au travail, vont se coucher… Ce livre aide l’enfant à mieux accepter les moments de séparation. Éd. Milan, 12,90 €. Dès 3 ans.

    Le Mange-Doudous. Une espèce de monstre avale tous les doudous. L’un d’entre eux, le plus sale, va sauver la vie de tous les autres. Lutin Poche. Éd. École des loisirs, 5 €. Dès 3 ans.

    Un spectacle

    À la recherche du doudou perdu, conte initiatique de Pascal Sanvic. Compagnie Abricadabra. Péniche Antipode, face au 55 quai de Seine à Paris (19e). Loc. : 01.42.03.39.07. Dimanche 4 juin et lundi 5 juin, 11 heures. Dès 1 an et jusqu’à 5-6 ans.

    Un film en préparation

    Le Doudou, avec Kad Merad et Malik Bentalha. Une comédie écrite et réalisée par Julien Hervé et Philippe Mechelen. Michel a perdu le doudou de sa fille à l’aéroport de Roissy. Il dépose un avis de recherche avec une récompense.

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    Voir la vidéo des Maternelles

    France Lebreton

    (1) « Le doudou », conférence de Catherine Clément. Université populaire du quai Branly, Paris, 15 avril 2015.


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  • article issu de : https://www.sourirefamily.fr/family/

    Au fil des ans, la place de l'enfant...

    Je vous propose une petite histoire de l’enfant, ou plutôt de l’évolution de la place de l’enfant dans la société, histoire non exhaustive par ailleurs. Mais avant toute chose il convient d’avoir à l’esprit que cette histoire dépend bien de la vision des adultes sur le monde des enfants et se trouve très différente selon la période historique, les milieux socio-culturels et les croyances. J’ajouterais par ailleurs que je ne suis ni historienne, ni sociologue ; il s’agit ici pour moi de réunir (et synthétiser) certaines de mes connaissances mais aussi des recherches sur le sujet, des livres et articles bien plus documentés ont déjà été publiés sur ce thème.

      "Un enfant qu'est-ce donc ? Un morceau d'amour égaré, un miroir,

    une victime, un signe du temps en marche."  (F. Bossus)

      Aujourd’hui la société attribue à l’enfant une double nature : il est un individu à part entière avec des droits et des devoirs mais il est aussi un être fragile et vulnérable que l’adulte doit protéger.

    Avant 380 av. JC (avant que le christianisme ne devienne la religion d’état) = le nouveau-né est considéré comme un don de la Terre-mère. Il vient alors soit remplacer un ancêtre disparu soit réparer la lignée familiale en lui assurant une succession.

    Sous l’Antiquité =« Enfant », vient du latin « nfans » (in, privatif, et fari, parler). Chez les Romains l’enfant est « celui qui ne parle pas », il est une sorte de « non citoyen ». L’éducation se limite au dressage puisque les enfants sont considérés comme dénués de logique et d’intelligence. Les adultes ont alors la responsabilité de remplir cet esprit vide et de le commander.

    Au Moyen-Age = L’enfant est autant l’aboutissement du mariage chrétien que l’assurance de la pérennité de la famille. La mortalité infantile étant très fréquente, et la contraception inexistante une famille n’est réellement désignée comme telle que si les enfants pullulent. Mais ceux-ci n’ont aucune place particulière si ce n’est celle d’un objet/outil pour le monde du travail dans lequel ils rentrent dès qu’ils sont autonomes. Les adultes considèrent se sacrifier pour eux, agir pour leur bien, les enfants leur doivent en retour une totale soumission. Ce portrait de l’enfance semble froid, il n’en demeure pas moins qu’il ait pu exister des enfants réellement aimés malgré les risques de mortalité précoce et alors la difficulté de l’attachement.

    16°siècle = 2 conceptions de l’enfant s’affrontent : Il y a celle de l’enfant pêché, empli d’instincts mauvais dont on doit se méfier car porteur pêché originel. L’éducation est conçue comme un dressage, elle est autoritariste et coercitive et ce afin de remettre son esprit corrompu dans le droit chemin. Puis il y a celle de l’enfant jésus dans laquelle l’enfant de par sa proximité avec les origines serait un intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les mesures éducationnelles ici tendent vers la préservation de l’innocence enfantine.

    « Dieu, qui connait le mieux les capacités des hommes, cache ses mystères aux sages et aux prudents de ce monde, et les révèle aux petits enfants » (Issac Newton)

      17° siècle = On assiste aux prémices de l’individuation de l’enfant. D’une part grâce à la dévotion grandissante envers l’enfant jésus (de plus en plus représenté à travers l’art) mais aussi parce que les femmes demandent à être accompagnées par des accoucheurs savants. Elles ne veulent plus mourir en couche, la vie de l’enfant devient de plus en plus importante, il convient de la préserver afin d’éviter le dépeuplement, et de limiter la mortalité infantile.

      18° siècle = Une nouvelle conception de la famille apparait avec la révolution industrielle qui est centrée sur le foyer. Davantage dans les familles bourgeoises, le nourrisson tient alors une place centrale et le regard porté sur l’enfant se modifie lentement. Cela dit il reste une main d’œuvre docile et exploitable, ainsi qu’une source de revenus supplémentaires notamment dans les classes ouvrières (mines, forges, fabriques, 15h/jour !)

    Pourtant, un écrit devenant vite populaire (malgré la censure) vient remettre sérieusement en question la place de l’enfant dans la société et plus particulièrement la façon dont l’adulte l’éduque. 

    « L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir qui lui sont propres ; rien n’est

    moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres. Laissez murir l’enfance dans les enfants. »

    Citation de Jean-Jacques ROUSSEAU dans son L’Emile ou de l’éducation (1762). Il s’agit d’un traité d’éducation sur l’art de former les hommes, l’auteur comptant sur les enfants pour fonder la société nouvelle. Il convient alors dit-il de laisser s’épanouir la nature de l’enfant et de l’aider à grandir selon ses dons, ses goûts et sa personnalité (bannissement de l’éducation coercitive)

     

    19° siècle = De plus en plus d’écrits et d’initiatives sont consacrés à la survie de l’enfant (+ progrès médical avec la découverte de l’asepsie/l’antisepsie); ce qui dénote d’une prise de conscience de la valeur de l’enfance (amélioration des conditions d’accouchement, asiles-dortoir pour femmes enceintes, lutte contre l’infanticide, surveillance des nourrices, répression pénale des sévices sexuels sur l’enfant…).

    La notion de droit à la survie et au secours émerge, puis la notion de droit de se développer normalement dans des conditions raisonnables.

    Un appareil juridique, qui accorde peu à peu un statut à l’enfant se met en place, la protection de l’enfance étant assurée essentiellement par l’Etat. Celui-ci prend aussi en charge les orphelins, les délinquants et les enfants dit « anormaux ». Des institutions sociales sont également créées (ancêtres de l’Aide Sociale à l'Enfance et de la Protection Judiciaire de la Jeunesse). 

    20° siècle = La convergence de plusieurs facteurs explique l’évolution de la place de l’enfant jusqu’à nos jours : développement d’un cadre législatif, baisse de la mortalité infantile et progrès médicaux, baisse de la natalité, augmentation du nombre de femmes qui travaillent et ainsi accroissement des gardes à l’extérieur du domicile et de la scolarisation des jeunes enfants, augmentation des familles monoparentales ou recomposées, et « vulgarisation » de la psychologie qui permet à un large public de connaître les données de recherche.

    → Il en résulte une modification des représentations et perceptions relatives à l’enfance, et ainsi des pratiques. Aujourd’hui l’enfant est considéré comme une personne à part entière avec sa personnalité, ses compétences, son point de vue cognitif et social.

      1924 : Déclaration internationale des droits de l’enfant adoptée par la Société des Nations.

    1989 : Convention internationale des droits de l’enfant adoptée par l’O.N.U.

       Il y aurait encore 1000 éléments à relater sans compter les nombreuses questions soulevées aujourd’hui à travers des recherches, des initiatives sociales et culturelles, des faits de société, le droit de la famille, mais aussi les médias et la publicité.

    Enfant individu, enfant roi ? Enfant consommateur, enfant influençable ? Parole de l’enfant, vulnérabilité ? Enfant performant, autonome ?

      " Enfance. Période intermédiaire de la vie humaine entre l'idiotie de la prime enfance et la folie de la jeunesse, deux stades au-dessus de la faute originelle et trois stades en-dessous des remords de la vieillesse." (Ambrose Bierce)

     

     
     

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