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    Il est agité

    Il arrive qu’un jeune enfant se démarque par son comportement très actif en journée : il paraît agité, excité, « turbulent, il court partout et n’arrive pas à se poser ! » se plaignent les professionnels. Au mieux, il est considéré comme un enfant « moteur », au pire d’ « hyperactif » ! Quelle attitude adopter avec ces enfants, tant sur le plan individuel que collectif ?

    Pourquoi est-il agité ? 
    Il est à l’âge d’un  développement moteur intense. Entre 0 et 3 ans, un jeune enfant a du pain sur la planche : il doit apprendre à maintenir sa tête, se retourner, s’asseoir, se mettre debout, se déplacer, marcher, mais aussi tenir un objet dans ses mains, le faire passer d’une main à une autre... Bref, autant d’acquisitions motrices qu’il va franchir, les unes après les autres ! On parle de motricité fine (ex : manipuler une gommette avec la main) et de motricité globale (ex : sauter à pieds joints).
    Il a besoin d’action. Pour mener à bien l\'ensemble de ces acquisitions motrices, et bien se développer sur le plan moteur et psychologique, l’enfant a besoin d’éprouver ses sensations corporelles. C’est par l’action qu’il va découvrir son environnement (tiens, la surface de mon doudou est plus douce que la barbe de mon papa), expérimenter ses capacités motrices (ça y est, j’arrive à me tenir debout, sans appui !), mais aussi comprendre peu à peu les relations de cause à effet (quand je lâche cette bouteille, elle tombe sur le sol).
    Toute activité physique est également un excellent moyen, pour les enfants (comme pour les adultes) de décharger les tensions et les frustrations issues de son quotidien, et de cultiver sa bonne santé émotionnelle. Ainsi, empêcher un enfant de bouger, c’est un peu comme empêcher un adulte de voir ou de parler. Tous deux en ont besoin pour s\'épanouir !
    C’est l’effet de groupe. Le comportement d’un enfant est à analyser au regard du contexte de la journée. N’oublions pas que la collectivité est un univers très stimulant : il y a beaucoup d’enfants et d\'adultes en mouvement, de cris, de couleurs, de grandes pièces… Un enfant aura plus tendance à s’agiter quand son environnement est stimulant que lorsqu’il ne l’est pas.
    Le stress et l’agitation sont contagieux, autant qu’un rhume ou un bon bâillement ! Ainsi, le stress des professionnels stresse et agite rapidement chez les enfants qui, à leur tour, ont tendance à stresser les professionnels. Bonjour le cercle vicieux !
    Cela souligne un certain mal-être. La grande agitation d’un enfant peut parfois témoigner d’un certain mal-être qui peut être induit par le lieu d’accueil, un manque d’attention de la part de l’adulte, une fatigue répétée, une vie familiale momentanément éprouvante.
    Un enfant ne fait pas « exprès » de courir partout pour vous embêter ! Son cerveau n’est pas encore en capacité de contrôler, ni d\'inhiber ses émotions ou ses impulsions. S’il est « anormalement » agité, c’est que l’un de ses besoins fondamentaux n’est pas assouvi. A vous de trouver lequel. 
    A ne pas confondre avec l’hyperactivité. Attention de ne pas qualifier un enfant d\' « hyperactif ». Il s\'agit d\'un diagnostic que l\'on emploie trop souvent dans le langage courant. Pourtant, l\'hyperactivité est une réelle pathologie, connue sous le sigle de TDA/H (Trouble Déficitaire de l\'Attention avec ou sans Hyperactivité). Seule une équipe pluridisciplinaire peut poser un tel diagnostic, et ce quand l’enfant sera plus grand.

    Comment réagir ?
    Sur le plan collectif 

    Faîtes des petits groupes, règle n°1 en collectivité. Séparer les enfants dès que possible, et les répartir dans différents lieux de la crèche (dortoirs, l\'atrium, pièces annexes…). Plus l’environnement sera serein, plus il le sera également. Chaque enfant absorbe la dynamique et l’agitation du groupe.
    Adaptez la section en conséquence. Proposer des structures motrices adaptées à son âge et enlever les meubles qui le mettent en danger.
    Créez des temps ritualisés de relaxation, au moins une fois par jour, toujours au même moment : avant les repas et/ ou vers 17h - avant l’arrivée des parents : ces temps permettent au groupe d’enfants, comme aux professionnels, de se rassembler et se ressourcer.
    Repensez l’environnement. L’environnement influence beaucoup les comportements des enfants. Ainsi, quand l’enfant est particulièrement agité, prenez le temps d’analyser le contexte précis : combien y a-t-il d’enfants dans la pièce ? Combien d’adultes ? Les adultes sont-ils posés au sol, debout ou en mouvement ? Sont-ils réunis dans un même coin ou répartis dans la section ? Un point important : l’ambiance est-elle rassurante ou au contraire source de stress ? En fonction de vos observations, repensez l’environnement.

    Sur le plan individuel 

    Accordez-lui une attention visuelle positive et souriante (contenance visuelle). Si vous voulez que l’enfant change de comportement, il faut que vous commenciez par le voir autrement !
    Proposez des temps réguliers à l’extérieur de la section, au cours desquels il pourra se décharger de sa tension, de son stress accumulé (si vous n’êtes pas assez nombreux pour habiller tous les enfants, n’accompagnez à l’extérieur qu’un petit groupe).
    Instaurez des temps d\'échange positifs avec l\'adulte régulièrement dans la journée. Ce peut être un câlin, un jeu, une histoire...  De nombreuses agitations d’enfants en section résultent simplement d\'un manque d’attention individualisée de la part de l’adulte.
    N’hésitez pas à le prendre dans les bras dès que vous le sentez nerveux, notamment après la sieste (contenance physique), et à le balancer légèrement.
    Confiez-lui  des petites missions dès que vous le sentez trop nerveux, agité : celles-ci vont capter son attention, cultiver une estime positive de lui-même, d’autant plus si vous l’encouragez et le félicitez à la fin !
    Faites-le régulièrement participer à des d’activités contenantes, dirigées (ex : peinture, gommettes, activités à table…) afin de capter et diriger son attention.
    Proposez-lui de jouer à faire des bulles ou de souffler dans une paille afin de réguler sa respiration, l’oxygéner, et ainsi le relaxer.

    Et pour les parents

    Conseillez aux parents d’habiller leur enfant avec des habits amples, souples et si possible, de le laisser pieds nus en section.
    Demandez aux parents s’il dort bien la nuit (car le manque de sommeil peut créer de l’agitation en journée) et s’il regarde des écrans à la maison (si oui combien de temps par jour, et à quel moment de la journée – déconseiller les écrans le matin avant d'aller à la crèche et le soir avant de s'endormir)

    Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne : Tout-petits qui tapent, poussent, mordent ou griffent : comment réagir à l’agressivité ?

    Par
    Héloïse Junier
     
    Publié le 10 mars 2017
    Mis à jour le 03 juillet 2019

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    Terrible two : tout savoir sur la crise des 2 ans

    Alors que votre enfant était jusqu’à présent un petit ange, il se transforme soudain en petit démon, qui dit non ! C’est la fameuse crise des deux ans ! Catherine Pierrat, psychologue, nous explique comment surmonter cette étape, également appelée ''terrible two''. 

     
     Sommaire
    1. La crise des 2 ans : qu’est-ce que c’est ?
    2. Les émotions au cœur de la crise des 2 ans
    3. Bien réagir face à la crise des 2 ans
    4. Comment sanctionner son enfant en cas de colère ?
    5. Mon enfant se roule par terre, hurle… comment réagir ?
    6. Crise des 2 ans : faut-il s’inquiéter ?

    terrible-two-crise-deux-ans

    A partir de 2 ans, voire même 18 mois, votre enfant expérimente la phase d’opposition en vous assénant un ''non'' face à toutes vos propositions, accompagné d’éventuelles crises de colère. C’est ce que l’on appelle la crise des 2 ans. De quoi s’agit-il exactement ? Comment réagir en tant que parents ? Catherine Pierrat, psychologue à Nice, décrypte cette étape et livre ses conseils.

    La crise des 2 ans : qu’est-ce que c’est ?

    A deux ans, l’enfant commence à prendre son autonomie : il maîtrise la marche, comprend beaucoup de choses, commence à maîtriser le langage et surtout a intégré le ''non'' qu’on lui assène régulièrement.

    L’enfant comprend qu’il est un individu à part entière avec ses désirs, ses goûts et ses choix.

    De plus, à cet âge, le cerveau entre dans une phase de maturation. Les zones sont bien développées mais encore immatures sur le plan de la gestion émotionnelle ce qui entraîne des sautes d’humeur, voire des colères que l’enfant ne peut pas gérer.

    Cette crise se manifeste par des refus, des oppositions, et parfois des colères. Il s’agit d’une période difficile pour les parents, mais aussi pour l’enfant : en effet, ce dernier est sans cesse tiraillé entre ''je suis trop grand pour…'' et ''je suis trop petit pour…''.

    ''Cette situation est très inconfortable et ressemble étrangement à l’adolescence, ce qui me fait nommer cette période la petite adolescence.''

    Comme pour la crise d’adolescence, cette phase est plus ou moins marquée selon les enfants, en fonction de leur caractère propre, mais aussi des événements extérieurs.

    Et si cette période peut être difficile à gérer, elle permet à l’enfant de grandir, de mûrir. C’est une étape indispensable à son développement, qui, avec l’enrichissement de son vocabulaire, et l’identification de ses émotions, favorise son autonomie.

    Les émotions au cœur de la crise des 2 ans

    Il est essentiel de discuter avec l’enfant autour des émotions. Votre enfant, même s’il sait de mieux en mieux s’exprimer, n’est pas toujours en capacité de reconnaître et nommer de lui-même les émotions qu’il ressent. Aussi, face à certaines émotions telles que la colère, la tristesse ou la frustration, il peut avoir l’impression de se sentir submergé et ne sait pas forcément comment la canaliser. D’où les crises de colère…

    Il est alors important que vous puissiez lui verbaliser ce qu’il est en train de vivre ( ''je vois que tu es en colère, que tu n’es pas content, que tu es triste…''). Il sera peut-être en capacité de vous dire oui (''oui, je suis en colère, triste…''). Cela ne signifie pas pour autant, qu’il est en capacité de reconnaître cette émotion sans votre aide, au moment où il la vit. Vous ne pouvez pas interdire à un enfant de ressentir une émotion,mais vous pouvez lui permettre de l’extérioriser autrement, et notamment après l’acquisition du langage, à travers la parole.

    Bien réagir face à la crise des 2 ans

    Lorsque votre enfant entre dans une phase colérique, plusieurs comportements sont à adopter. Il faudra donc :

    • Marquer les limites avec autorité mais sans autoritarisme : énoncer et expliquer des règles claires avec les sanctions qui en découlent si les règles ne sont pas respectées ; Et les parents doivent bien sûr appliquer ce qui a été décidé.
    • Eviter les conflits en passant le relais si vous vous sentez débordé(e).
    • Se soutenir en tant que parents. Ces derniers doivent être solidaires et cohérents dans leur attitude envers l’enfant.
    • Vérifier que l’enfant ne peut pas se faire mal pendant la colère, le prévenir qu’on quitte la pièce et qu’on est à côté, et le laisser se calmer seul sans ''assister'' à sa colère. Et pour cause, celle-ci est une forme de ''représentation théâtrale'' et s’il n’y a pas de spectateur, il n’y a plus de spectacle.

    De plus, sachez qu’il est inutile de vouloir parler à l’enfant pendant sa colère, il ne vous entend pas. Le mieux est de discuter avec lui une fois qu’il est calmé. Enfin, pour éviter des conflits inutiles, on peut utiliser la technique du ''choix limité'' pour les vêtements par exemple : ne pas lui imposer sa tenue vestimentaire mais lui laisser le choix entre deux tenues. Ainsi vous maîtrisez le choix (en fonction des circonstances et de la météo) et l’enfant peut aussi exercer son choix et ne pas avoir l’impression de ''subir'' le choix du parent.

    Comment sanctionner son enfant en cas de colère ?

    Attention, on parle bien de sanction et non de punition, la différence étant qu’on punit une personne mais qu’on sanctionne un acte. Derrière la sanction, il y a l’idée de réparation du dommage causé, dans la mesure des capacités de l’enfant. Derrière la punition, il y a l’idée d’humilier la personne, le mettre au coin avec un bonnet d’âne par exemple. La ''bonne'' sanction doit répondre à plusieurs conditions :

    • La mettre en place à distance de la colère. En tous cas, pas pendant la crise, mais elle ne doit pas intervenir trop longtemps après, car l’enfant oublie vite. Autrement dit, il faut sanctionner le plus tôt possible mais ''à froid'' ;
    • La sanction doit être utile. Elle doit permettre de rappeler les règles ;
    • La sanction doit avoir un lien avec la ''bêtise'' ;
    • La sanction doit être proportionnelle : à petite bêtise, petite sanction,
    • La sanction ne doit pas toucher aux besoins fondamentaux (alimentation, sommeil, câlins, anniversaire). On ne prive pas un enfant de dessert car cela fait partie intégrante du repas et de ses besoins alimentaires ;
    • La sanction doit être réalisable et ne pas prendre la forme d’une menace angoissante (exemple : si tu ne viens pas tout de suite, je te laisse dans la voiture) ;   
    • La sanction doit être réparatrice : l’enfant a renversé son verre d’eau, il participe au nettoyage ; il a jeté ses jouets, il les range… ;
    • A cet âge (2 ans), une sanction sous forme de gronderie sur un ton ferme constitue déjà à elle seule une sanction pour le petit enfant.

    Un exemple de sanction à manier avec précaution : le retrait (l’enfant doit rester tranquille un certain temps à un endroit déterminé : sur une chaise par exemple). Le temps du retrait ne doit pas être trop long. Avant 3 ans, il faut éviter l’isolement. Il faut le considérer comme un moyen pour l’enfant de se calmer et lui expliquer que ce temps va lui permettre de réfléchir.

    L’essentiel est que la punition reste rare. Sinon, le risque est d’entrer dans un rapport de conflit permanent où le parent sera contraint d’aller sans cesse dans la surenchère punitive. Si la punition devient le seul moyen de se faire obéir, c’est que l’autorité n’est pas établie. Une consultation chez un spécialiste peut aider à rétablir cette autorité.

    Mon enfant se roule par terre, hurle… comment réagir ?

    La difficulté des crises dans un lieu public tient au fait que les parents se sentent jugés par le regard des autres adultes et l’enfant le sent bien !

    Il est important de ne pas céder à l’enfant qui, par exemple, se met en colère parce que vous refusez de lui acheter un jouet au supermarché. Si on cède une fois, l’enfant aura tôt fait de repérer le désarroi des parents et s’en servir.

    En cas de crise, le mieux est de s’éloigner et si possible, s’isoler. Puis, détournez l’attention en lui proposant de boire un peu d’eau par exemple, et expliquez-lui d’un ton très ferme qu’il a mal agit, sans crier bien sûr. De retour à la maison, en rediscuter avec l’enfant et lui rappeler les règles. Et ne pas hésiter à féliciter et encourager l’enfant après qu’il se soit calmé.

    Toutefois, le mieux est d’anticiper pour prévenir les crises en public. Quelques pistes :

    • Habituer l’enfant très jeune à des sorties en public qui ne déclenchent pas automatiquement un achat, ou une récompense ;
    • Prévenir avant de partir des différents endroits où vous irez et pourquoi ;
    • Emporter de l’eau et un en-cas pour ne pas avoir à en acheter lors de la sortie ;
    • Emporter un petit jouet ;
    • Faire participer l’enfant à la sortie en lui commentant ce que vous voyez ou faites… ;
    • Eviter de sortir lorsque l’enfant est fatigué ;
    • Repérer les signes d’énervement de l’enfant pour rentrer à temps et ne pas faire des sorties trop longues car l’attention du tout-petit est limitée.

     


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  • article issu de : https://medium.com

    Aménagement de l’espace et pratiques éducatives

    La qualité de l’accueil des enfants à la crèche ne dépend pas que du comportement des professionnels. Il faut aussi offrir aux tout-petits un espace pensé pour eux, dans lequel ils se sentent suffisamment en confiance pour s’éveiller et se développer. L’aménagement de la structure doit donc faire partie du projet d’établissement dès sa création.

    Adapter l’espace par l’observation et la réflexion

    L’aménagement de la crèche n’est possible qu’en élaborant une réflexion cohérente et approfondie en équipe. Elle se base sur ce principe de plus en plus mis en avant dans l’accueil du jeune enfant : l’observation. C’est en observant les enfants qu’on est en capacité de répondre à leurs besoins. Suivre le développement psychomoteur de chacun permet de lui proposer le jeu le plus adapté. Il fait du quatre pattes ? Faites rouler une petite balle devant lui : il la suivra des yeux et voudra se déplacer. Un espace “dégagé” favorisera ses déplacements. Regardez aussi comment les enfants choisissent leurs activités : quels sont les jeux les plus demandés, les espaces trop plébiscités et sujets à des conflits ? Ou au contraire, certaines activités sont-elles délaissées ? Un jeu trop compliqué, un puzzle pas joli… Le comportement des enfants peut révéler les dysfonctionnements de l’organisation de l’espace.
    Bien sûr l’aménagement de l’espace n’est pas immuable mais dynamique, il faut l’adapter au fil de l’année (en fonction des acquisitions des enfants, des saisons…). L’équipe doit donc régulièrement se ménager un temps de réflexion pour analyser leurs pratiques, leurs éventuels craintes et/ou blocages, idées de projets. Pour prendre ce recul, on peut faire solliciter un avis extérieur comme celui d’un psychologue, d’un architecte, d’un psychomotricien ou encore d’un professionnel extérieur.
    Dans une crèche, il ne peut y avoir une organisation neutre de l’espace. Comme le rappelle Didier Heintz, architecte spécialisé dans les lieux d’accueil de la petite enfance « Derrière elle se cache de façon plus ou moins consciente toute la traduction d’une manière de vivre ».

    Une zone d’accueil qui permet une séparation en douceur

    Au sein de la structure, la zone d’accueil est comme un sas : entre la maison et la crèche, entre l’extérieur et l’intérieur, entre le non-jeu et le jeu. C’est d’abord un lieu de rencontre, d’échanges et de séparation. Les parents doivent se sentir les bienvenus : pourquoi ne pas créer un petit coin salon, avec un ou deux fauteuils, des couleurs chaudes, une ambiance cocooning. Et qu’ils puissent suivre l’actualité de la structure. Installer des tableaux d’affichage qui contiennent des informations, les menus, des photos, des annonces… Il doit être joli, décoré, tout en restant simple pour une information claire.
    Il faut d’autre part rassurer l’enfant. On peut attribuer à chacun un casier, une poche en tissu, un petit panier marqué d’une étiquette propre à chacun, d’une photo, d’un dessin. Un repère lui montrant qu’il a sa place, qu’il est attendu.
    La zone d’accueil est enfin une invitation jeu, à plonger dans la découverte et l’expérimentation. L’important est de présenter des possibilités de jeu déjà en place avant l’arrivée des enfants. Evitez les tables vides, que tout soit rangé et au contraire installez par exemple des puzzles, des peluches, des livres à quelques endroits. Cet espace peut déjà comprendre un espace motricité avec un toboggan, une cabane, un trotteur qui permet de « prendre de la hauteur » par rapport à la séparation ; un coin symbolique avec une dinette, du bricolage, des contenants afin que l’enfant exprime ses tensions et s’en libère. Il est également possible de garder un coin relaxant avec des coussins, des tapis pour prendre le temps d’arriver et se décharger de ses émotions, de passer un moment privilégié avec une professionnelle avant de se lancer dans le jeu.

     

    @haba-petite-enfance

    Des espaces de jeux bien définis mais ouverts

    L’organisation de la salle de vie repose sur des principes fondamentaux. D’abord le rangement à la fin de chaque atelier avec l’enfant. Il pourra savoir où sont rangés les légos, les poupées, les sucettes… pour les trouver quand il souhaitera les reprendre. Par ailleurs un lieu de vie clair et ordonné incite plus facilement l’enfant à jouer et lui donne des repères. Du côté des professionnels, un espace bien géré est plus facile à entretenir. On peut ranger les jeux dans des caisses étiquetées en fonction des âges ou des thèmes et prévoir un inventaire annuel pour les répertorier. Il est bien aussi de ne pas laisser les mêmes jouets à disposition toute l’année. En proposant des jouets différents selon les périodes, les enfants ont le temps d’en découvrir un grand nombre sans être trop sollicités, et ils prendront plaisir à retrouver quelques semaines ou mois plus tard un jouet qui leur avait plu et qu’on leur propose à nouveau.
    Il s’agit ensuite de différencier les zones de jeux. Si les enfants ont trop de jouets proposés à la fois ou ne font que des jeux en groupe, ils n’ont plus le temps d’apprendre à s’occuper par eux-mêmes. Séparer les espaces ne demande pas une organisation difficile : un meuble ou un tapis suffit à faire des délimitations. Il faut aussi penser que le tout-petit est toujours sous le regard de l’adulte ou des autres enfants et qu’il a parfois besoin d’une certaine intimité. On peut par exemple aménager un coin spécifique pour les jeux symboliques comme la dinette ou la poupée. A noter : pour les jeux ou accessoires qui ont un grand succès, il est bien de prévoir des doubles. Les enfants pourront ainsi jouer en parallèle sans être frustrés.

     

    @wesco-eshop

    Un espace repos sécurisant

    Le sommeil est essentiel à la construction physique et psychique de l’enfant. L’espace repos de la crèche est pensé pour instaurer des conditions propices à l’endormissement et à un sommeil de qualité. Il doit pour cela répondre à trois critères : confort, bien-être et sécurité. Dans l’idéal, l’espace repos est implanté dans l’endroit le plus calme de la crèche, avec une bonne aération, et on veille à pouvoir y circuler facilement. Si possible positionné au nord afin de préserver une fraîcheur en toute saison. Pas besoin de les plonger dans une totale obscurité pour que les enfants dorment. Laisser la porte ouverte ou la lumière naturelle des salles à proximité permet à la fois de faciliter la surveillance des tout-petits et de les rassurer en restant au contact des autres groupes.
    Les temps de sommeil à la crèche sont aussi réfléchis pour respecter le rythme et les besoins de chaque enfant, différents selon les âges. C’est pourquoi la plupart du temps chaque section a son dortoir. Le matériel prévu est également différent : des lits à barreaux pour les bébés, des lits couchettes à même le sol pour les plus grands. Il est cependant intéressant de créer un coin douillet dans la salle d’éveil pour laisser la possibilité à certains enfants d’y dormir ou s’y reposer s’ils refusent le dortoir. Il s’agit aussi d’anticiper ! En demandant aux parents comment se passent les temps de sommeil de leur enfant à la maison. Et en suivant la place quotidienne de chaque enfant dans le dortoir : aura-t-il le même lit tous les jours ? Si ce n’est pas possible, il est bien de lui donner un repère sur le lit qu’il occupera d’un jour à l’autre, avec une photo ou un dessin posé sur l’oreiller. Enfin les professionnels restent attentifs à l’endormissement et la qualité de sommeil de chaque tout-petit. Si l’un n’arrive pas à s’endormir, c’est peut-être que son lit n’est pas tourné du bon côté, qu’il se sent trop près ou trop loin de la porte… Un rien peut tout changer.

    Le décloisonnement des espaces pour une libre circulation des enfants

    Tout en différenciant ces espaces, on peut opter pour leur décloisonnement (cloisons amovibles et modulables), ce qui favorise la libre circulation des enfants. Cela demande plus de surveillance pour les professionnels mais permet aux tout-petits d’être acteurs de leurs apprentissages et de leur développement. Ce sont des aménagements en phase avec toutes les pédagogies interactives, telle l’Itinérance Ludique.

    Par Marie Desplumes,


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    L’enjeu de la bientraitance dans les crèches

     

    Lundi 30 novembre 2015 avait lieu le colloque «comment agir avec bientraitance au quotidien  ? » organisé par Zoeki et destiné aux professionnels de l’enfance. Comme les annulations ont été nombreuses en raison des difficultés de transports et de l’angoisse post-attentats, voici un compte-rendu, non exhaustif mais assez complet des échanges de la journée.

    Danièle Rapoport, psychologue, présidente de l’association «  Bien-traitance, formation et recherche  »  a ouvert le bal. C’était assez normal dans la mesure où elle connaît par cœur la genèse du terme «  bien-traitance  » qu’elle tient à écrire en deux mots. Voici de longs extraits de son intervention.

    «  Le titre du colloque pose beaucoup de questions très intéressantes. Quelles origines pour la bien-traitance  ? Comment agir avec bien-traitance au quotidien? C’est un néologisme. En épigénétique  on sait que le rôle de l’environnement (qui fait fonctionner autrement les gênes dès la vie intra utérine) est important. Il est donc important de connaître l’environnement de la naissance de ce néologisme «bien-traitance  ».

    Ce serait le contraire de la maltraitance. Ce n’est pas suffisant, pas encore complètement défini. C’est une aventure qui rappelle l’oxymore «  douces violences  » ou celui de Boris Cyrulnik «  un merveilleux malheur  ». Le terme de résilience est contemporain de celui de la bien-traitance. Mais la résilience existait déjà dans dictionnaire. Pas la bien-traitance.»

    La bien-traitance, être plutôt qu’agir

    «C’est un terme extraordinaire. On peut faire une empreinte du bon, du bien-traitant. Toute sa vie ce petit enfant ne se souviendra pas de vous, et pourtant votre place va être fondamentale dans le sens de fondatrice, des années fondations. D’où la nécessaire valorisation de votre profession. Michel Lemay (ndlr psychologue canadien) dit quand il parle de votre profession qu’il s’agit de «  la noblesse et la science thérapeutique de l’anodin et du quotidien  ». La question c’est comment être et non comment agir.

    Qui n’a pas dit à un enfant «  dépêche toi  »  ? Disons lui plutôt «  oui, tu as le temps, tu peux enfiler ta petite chaussette  ». Le laisser marcher tout doucement vers une fontaine. Si vous arrosez dans votre jardin, par capillarité ça va pousser deux mètres plus loin.

    Les professionnels ne doivent pas être bousculants ni eux mêmes bousculés. Les professionnels doivent être eux mêmes bien traités. Arrêtons d’agir. Soyons en relation, tranquilles. Pourquoi parler de la confiance  ? Parce qu’on vous confie les enfants. Dans bien-traitant il y a la confiance. Vous faites confiance aux parents pour qu’ils ne démolissent pas tout ce que vous êtes en train de faire.

    Le trait d’union est avant tout un rempart contre le manque à penser. On ne pense plus. Vous devez réfléchir, penser, donner du sens.  »

    Après cette introduction, Danielle Rapoport commence son récit historique.

    «  A partir des années 60-70  on a assisté à quatre décennies qui ont révolutionné le regard posé sur la petite enfance. Premier exemple  : le concept de continuité de Winnicott est fondateur. Les bébés confiés sont en train de construire leur identité. Chacun a un sentiment continu d’exister qui ne peut pas être superposé. Il y avait à l’époque beaucoup de références à la psychanalyse (remarque sur le fait qu’aujourd’hui nous sommes dans des gadgets, la langue des signes ici, l’organisation de l’espace là, le programme, la section). L’empathie n’est pas la bientraitance.

    Ce bébé a déjà une longue histoire. On respect son altérité. On ne peut pas se substituer à l’autre. On apporte plus que la compassion, la bienveillance, l’empathie. Ce trait d’union (bien-traitance) est un nouveau concept qui inclut tous les autres. C’est un respect qui change les manières de faire et de dire.  »

    Danielle Rapoport fait ensuite une digression sur le placenta  :

    «  Le père fait que la mère accepte la greffe de l’embryon. Dans les incompatibilités foeto maternelles… qu’est-ce qui fait que cette femme accepte la greffe du corps étranger qu’est le bébé  ? C’est le père qui déclenche les hormones. Le père construit l’autre tiers, le placenta. Le placenta sépare la mère du bébé. Il ne peut se développer que grâce au génome paternel. Il est à l’intérieur de vous quand vous portez un bébé.  » A noter que le placenta fascine depuis longtemps les psychanalystes (Danielle Rapoport n’est pas psychanalyste mais quasiment toutes ses références le sont) et qu’ils ont élaboré plusieurs théories biologiques à son sujet, théories qui sont la plupart du temps invalidées par la science.

    Ces enfants qu’on «  adultise  »

    Danielle Rapoport évoque ensuite le langage.

    «  Les bébés commencent à parler avec vous à un âge qu’ils vont totalement oublier. Le bébé met trois ans pour passer de la syllabe à la phrase. Arrêtons de l’adultiser. Essayons de nous souvenir de ce premier mot. C’est sans arrêt qu’on décode l’autre. Soyons d’abord dans l’être en relation. Parlons bébé à un bébé. C’est fou cette histoire. On se met à oublier qu’il y a de l’infantile avant l’enfant. Les parents ne peuvent donner aux enfants que 2 choses, des racines et des ailes.Vous êtes détenteurs de cette bientraitance du langage bébé.  »

    La psychologue rappelle qu’elle s’est occupée des bébés Leboyer (naissance sans violence) puis elle revient à son analyse historique  :

    «  Avec mai 68, les crèches se sont transformées. On a accepté les parents. Les crèches  étaient des univers si blancs, si médicalisés. Il y a eu le printemps des crèches en mai 68. Les parents sont entrés dans crèches et n’en sont pas sortis. Après 68 on a pu parler de l’éveil du tout petit, du plaisir partagé.  (…)  Le mot accueil a été inventé par Jeanine Levy pour les enfants porteurs de handicaps. C’est elle également qui invente le mot intégration. Il est injuste que Jeanine Levy ne soit pas plus nommée. C’est très important de savoir d’où les choses viennent. Comme on ne vous enseigne pas suffisamment la psychanalyse, vous apprenez beaucoup de choses passionnantes mais le sens très profond par rapport à votre histoire, à ce qui vous entoure, est effacé.  »

    Puis petit coup de griffe  : «  On en a eu assez de dire comment il faut faire. On se fait tellement d’argent sur la formation. Vous ne partirez pas avec des recettes. Vous venez chercher du sens, une manière d’être, de se poser, de se reposer.  »

    Nouveau regard critique sur l’époque  :

    «  Les crèches sont devenus les lieux de socialisation primaire. La meilleure socialisation pour un bébé c’est sa famille, ses voisins, le petit chat.  On n’a plus le droit à la petite enfance en ce moment. Elle est oubliée. On adultise les enfants. On les saoûle au nom de Dolto. Alors qu’elle même s’offusquait  : «  je n’ai jamais dit qu’il faut parler aux enfants  !». Avec Françoise Dolto et René Clément, nous préparions un colloque sur la parole magique. «  Ce n’est pas une parole magique de parler à un enfant comme ça pour le saoûler  » disait Françoise Dolto. Elle m’a dit  :  «  Enlevez «  on les soûle en mon nom  », dites que «  parler ne veut pas dire  »  ». J’essaie de rétablir ces trois premières années oubliées (les 0-3 ans), par Morano, Tabarot, Hollande, par notre culture actuelle. J’essaie de rétablir le droit d’être un enfant.  »

    Au départ, l’opération pouponnière

    Puis Danielle Rapoport enchaîne sur la maltraitance institutionnelle  avec l’exemple de la Roumanie et, pour la France  du «  dépôt de l’aide sociale à l’enfance  ».

    «  En 79 on a vu le film «  enfants en pouponnière demandent assistance  » qui est une horreur. Après ça ce fut le lancement de l’opération pouponnière. Simone Veil monte au créneau  :«  Je ferme toutes les pouponnières si elles ne se transforment pas  ». On a assisté à l’humanisation de la pédiatrie, à la transformation des crèches. A l’époque on enseignait Piaget et Brazelton.

    Il faut comprendre tout ce que ces grands maîtres nous ont dit.

    L’opération pouponnière s’est terminée. Tous ces concepts nous construisent. Mais ensuite ces concepts se heurtent à quelque chose d’incroyable. On avait oublié les parents. On avait créé une structure de protection de l’enfance à Trousseau avec Anne Roubergue (voir le livre «  La croissance empêchée, une maltraitance méconnue  »). Il faut avoir une approche bien-traitante des parents maltraitants.

    Même quand le juge interdit aux parents de rendre visite aux enfants, on invente les visites accompagnées. De cette façon les parents vont continuer à voir leur bébé et leur enfant. C’est très compliqué. On a repris l’opération pouponnière en intégrant les parents. Phase très dure. Comment réussir à casser la corrélation  ? A permettre la résilience  ? Comment aider les parents à guérir de la maltraitance sur leur enfant  ?

    Après tout ça on en a eu marre de ce mot «  maltraitance  ». Alors on commence à appeler ça bien- traitance. C’est Marie Jeanne Reichen, à l’époque rattachée au bureau Enfance et famille du ministère des Affaires sociales qui a eu l’idée. On a mis un trait d’union sinon ça allait devenir un slogan, des chartes, des programmes, l’axe du jugement entre le bien et le mal faire.

    Réfléchissons au trait d’union entre conscient, inconscient, psychanalyse, épigénétique, neurosciences.  »

    Danielle Rapoport revient sur ce qui semble être décidément son cheval de bataille  :

    «  Pourquoi on adultise les enfants  aujourd’hui  ? Voici un courrier reçu, au sujet d’un bébé de 4 mois. «  Il est capricieux, il pleure, il le fait exprès  ». C’est effrayant. Je sais qu’on a tellement fait pour les compétences, que les jeux sont tellement sophistiqués. La TV avant trois ans est une catastrophe.

    Les psychanalystes ont compris ce qu’est la petite enfance.

    Maisons ouvertes, multi accueil, crèches, assistantes maternelles… vous êtes les remparts de la spécificité. Ne les perdez pas, ne mettez pas des programmes.  »

    Un regard pluriel sur les pratiques

    Christine Schuhl, éducatrice de jeunes enfants, diplômée en sciences de l’éducation, formatrice et conseillère pédagogique a succédé à Danielle Rapoport à la tribune. Voici également le contenu, non intégral, de son intervention.

    «  On ne peut pas avoir une lecture unilatérale des terrains. La lecture à plusieurs regards est passionnante. Mettre nos connaissances sur des regards croisés. J’ai un regard pédagogiques. On ne peut pas avoir une seule lecture. La lecture psychologique n’est pas la seule possible. Il faut voir du côté de la sociologie, de la pédagogie, de la philosophie. Je suis EJE de formation montessorienne. Cette pédagogie m’a aidée à décortiquer. Je fais du debriefing tout de suite après l’observation. Je ne suis pas là pour voir que ce qui dysfonctionne.

    Par exemple  : j’observe un repas. Les enfants ne posent pas les pieds au sol et ils déjeunent deux par deux. J’interroge  : Y a t-il moyen de faire autrement  ? Enfant est-il bien installé  ? Etes-vous bien installée  ?  » On décortique tous les éléments qui composent la scène.

    Nous ne sommes pas théoriciens dans l’âme. Il faut connaître les théories, lire, se former. Mais sur le terrain, le bon sens compte aussi, et le bon sens collectif. Il y a un saut à faire entre la théorie et le quotidien, ce n’est pas évident. Faire appel à la cohérence de l’équipe. Je ne dis pas aux équipes «  aujourd’hui on travaille dans une démarche de bien traitance  ». Je suis plus tournée vers la bienveillance. Les enjeux de la collectivité  sont énormes. Le sens de la collectivité pour l’enfant n’existe pas avant 18 mois. Il va y avoir un moment périlleux avant. Ce n’est pas évident pour lui.

    J’accompagne 3 établissements  : du multi accueil pour des assistantes maternelles et 2 crèches hospitalières (180 lits), qui font du 6h15-21h30, 7jours sur 7. Toutes les problématiques vous les avez ici, concentrées. »

    Avant toute chose, poser le cadre

    « Parmi les enfants accueillis il y a un noyau avec des horaires classiques mais tout le reste bouge. Si vous avez une équipe d’encadrement qui tient la route, si elle est au clair, si c’est concret, si le cadre posé au départ par rapport à des postures existe, ça va. Comme «  j’ai un enfant, je me mets à sa hauteur  ». Ou prendre le temps de regarder ce qu’il fait, adapter le rythme de l’adulte au rythme de l’enfant. On signifie ce qu’on fait à l’enfant mais on ne rentre pas dans de gros développements. Au début les bébés comprennent la tonalité plus que le sens des mots.

    Les équipes d’encadrement posent des valeurs et des cadres et sont là pour entendre les difficultés. Il est fatigant et endurant de travailler avec des tout-petits.

    La semaine dernière, je préparais une journée pédagogique installée dans une salle d’une crèche. Dans la pièce d’à côté, séparée par une vitre, on a vu une professionnelle arriver avec un groupe de 6 enfants de 2 ans. Pas un bruit à part le cloc cloc de la cuillère. On a regardé. 35 minutes sans un bruit d’enfant ou d’adulte. Puis  : «  Maintenant on sort, je ne veux pas vous entendre  ». Ce n’est pas adéquat. Elle ne laissait pas le choix. Elle était debout, comme une chape au-dessus des enfants.

    Il faut être dans la capacité de dire à sa collègue «  ça ce n’est pas adéquat  » sans que la collègue fonde en larmes et dise «  tu ne m’aimes plus  ». Il faut travailler sur le vrai besoin de l’enfant. On a été sur une ère où tout était à hauteur d’adulte et on est passé à l’inverse  : on fait tout par terre. On a oublié la place de l’adulte. La bienveillance se construit dans la posture, par rapport à l’environnement dans lequel on travaille. Aujourd’hui dans une salle de vie dans une crèche, rien n’est pensé pour l’adulte. On dit aux professionnelles  : «  il faut être au tapis  ». Oui mais pas complètement affalée sur le tapis.

    Les neurosciences m’ont rassurée  : l’enfant n’est pas dans la préméditation. L’enfant sent très bien quand on n’est pas ici et maintenant. Aujourd’hui on fait des formations de pleine conscience pour retrouver ce sentiment de la petite enfance. L’enfant a un esprit scientifique  : répétition, imitation, observation, expérimentation. L’enfant qui par obstination continue quelque chose qui ne nous convient pas il ne le fait pas pour nous embêter mais pour vérifier. Ce n’est pas un caprice. Un enfant ne pense pas comme un adulte.  L’ado est dans la préméditation, l’enfant de 7 à 8 ans aussi.  »

    Donner la priorité à la sécurité affective de l’enfant

    «  Le doudou dans le lit, c’est une histoire intemporelle. Ere où tout le monde en a un. Au départ, c’est bien l’adulte qui donne le doudou. L’enfant se l’approprie ou pas. Il y a l’approche sensorielle  : l’odeur qui offre une bulle. Le doudou sécurise. Si le doudou est en hauteur, c’est adulte qui décide. Laisser le doudou à disposition permet d’avoir un baromètre émotionnel de l’enfant. Spontanément l’enfant porte le bon doudou à celui qui en a besoin. Quand ils n’auront plus de doudou ils auront… un téléphone portable. Ca doit être notre obsession  : l’enfant a besoin de sécurité affective. Il faut l’évaluer. Privilégier les petits groupes.  

    Qu’est-ce qui se dit en présence des enfants, au-dessus de leur tête  ? Quand il y a eu Charlie, les professionnelles ont dit «  tout le monde en a parlé, en présence des enfants  ». Là, elles ne l’ont pas fait car tout le monde était tellement sidéré, impossible d’en parler. Il faut surprotéger les enfants. Surtout dans une collectivité. Il est compliqué de vivre avec la frustration de ne pas pouvoir être dans les bras, de voir les adultes qui vont et viennent, les interactions qui cessent brutalement.

    Il faut se remettre en question, avoir des temps de parole et d’échange. Le jour où on cherche on est dans une démarche professionnelle, plus que le jour où on a trouvé.  Tout a de l’importance dans la relation à l’enfant  : vos postures, regards, cadences, gestes, manière de parler, intention, capacité à être là, toute la communication non verbale. Il est important de prendre du temps, de discuter tout ça en équipe, de réadapter en permanence.

    L’EJE est la garantie du choix pédagogique. Ce choix doit être porté, questionné. Si chacun part sur ses inspirations, il est difficile d’être dans collectivité. Il y a des zones d’influence. On a impression d’être plus efficace quand on est dans la douce violence parce qu’en face, ça va vite, ça ne bronche pas. »

    Retrouver le goût de l’émerveillement…pour une pédagogie du bonheur

    Dans la salle, intervention de Carole Vanhoutte, orthophoniste  :

    «  L’enfant doit vérifier tout l’environnement physique avant de pouvoir faire de la mise en mots. Donc les professionnels doivent permettre les expérimentations. Nous voyons des enfants qui ont 21 mois qui ne sont pas dans la communication. Qu’est-ce qui se passe  ? Pourquoi sont-ils aussi vides  ? Votre mission c’est de garantir que vous pouvez assurer cette sécurité là aussi. La société va très vite, on demande beaucoup de choses aux parents. Ils ont besoin de temps pour expérimenter. On est confronté à ces difficultés d’adultes qui ne s’émerveillent pas de ce que fait l’enfant.» (Carole Vanhoutte est intervenue plus tard en tant que conférencière dans un autre colloque Zoeki dont vous trouverez également le compte-rendu sur GYNGER)

    Christine Schuhl  :

    «  On a fait entrer parents à l’intérieur des crèches et on s’est dit  : comment va être interprété notre travail  ? Il faut qu’on se justifie. Donc il faut faire un maximum d’activités. Logiquement, vous êtes des professionnels, quand on vous a recrutés, on vous a reconnus dans vos compétences. Pas besoin de vous justifier. Si vous dites il y aura cours d’anglais, de piano, vous créez le besoin. L’activisme est une vraie menace. La notion d’émerveillement est très importante. Il faut imaginer des choses qui n’existent pas. Sur tous les jeux on voit écrit «  éducatif  ». On ne peut pas avoir «  émerveillement  »  ? Que le jeu soit là juste pour le plaisir de jouer  ? J’en discutais avec une collègue. Je n’aime pas les enfants d’un amour filial mais ils m’émerveillent. Sur ce qu’ils sont capables de comprendre, de partager, de transmettre. Arrêtez de bouger. On est tout le temps dans le mouvement.  »

    Intervention d’une cadre coordinatrice de crèche en hospitalière  : «  Tout ce que avez décrit, je le vis. On est dans la maltraitance.  »

    Une assistante maternelle indépendante  : «  Beaucoup d’assistantes maternelles n’ont jamais pensé à l’espace de travail. Ce n’est pas du tout réfléchi. Or c’est primordial.  »

    Une question est posée dans la salle sur le fait d’installer un enfant à table sur chaise.

    Une spécialiste des neurosciences, elle aussi dans la salle, répond: «  L’enfant est en construction. S’asseoir sur une chaise, c’est ce qui est le moins naturel pour lui. C’est une recherche d’équilibre permanente. Les petits qu’on installe devant une table avec des accoudoirs, on les voit se lever pour se reposer. Les trois premières années, il est plus stable par terre. La chaise est très contraignante.  »

    Christine Schuhl  : «  A minima, il faut avoir un reposoir pour les pieds.  »

    Elle conclut  : «  On se doit d’avoir une pédagogie du bonheur. D’ici qu’ils grandissent on aura peut-être résolu les maux de notre société. On a un devoir de bonheur.  »

    Bien traiter les professionnels pour leur permettre d’être bien-traitants

    Troisième intervention de la journée  : Licka Sarr, infirmière puéricultrice, formatrice petite-enfance, sur le thème «  la bien-traitance des professionnels essentielle dans la petite enfance  ».

    «  Comment prouver qu’on est capable d’être bienveillant  ? Il y a l’absentéisme, on me dit «  c’est facile à dire, pas facile à faire  ». La personne qu’on recrute  c’est une professionnelle censée pouvoir apporter une fraîcheur. Parfois on veut accueillir un clone de la personne partie. La professionnelle peut se sentir frustrée de ne pas pouvoir apporter ce qu’elle a fait avant. On dit souvent «  tu vas observer pendant une semaine ou dix jours  ». Mais ça veut dire quoi observer  ? Elle peut avoir l’impression d’être une plante verte. Ce n’est pas forcément la meilleure façon d’entrer en contact avec un groupe d’enfants ou avec ses collègues. Il faut faire entendre à la collègue qu’elle est attendue. Pour l’enfant qu’on accueille on s’attache à ses habitudes de vie pour proposer une continuité. Pour l’accueil des professionnels on attend juste qu’elle fasse comme on fait nous, et du coup il n’y a plus de continuité.

    Ce qui compte beaucoup quand on s’adresse à l’enfant c’est la tonalité. C’est pareil pour des adultes. Certains messages sont difficiles à passer auprès des équipes car les choses ne sont pas forcément dites au bon moment.

    J’ai eu l’occasion d’ouvrir une dizaine de crèches. Il est important d’instituer dès le départ des réunions. Il faut poser le cadre. Les directeurs sont le garde-fou. Les professionnels doivent se sentir soutenus et valorisés. Elles doutent de ce qu’elles ont mis en place. Si elles se sont posées la question de ce qui est bien ou pas, du coup, forcément, on fait bien. »

    Melinda, étudiante EJE en 3ème année  :

    «  On nous a conseillé de demander aux collègues qui nous accueillent quelles sont leurs représentations de notre métier. Et de partir de leurs représentations».

    Licka  Sarr répond: «  oui mais il ne s’agit pas de vous fondre totalement dans les représentations. Accordez vous de pouvoir dire ce que vous pouvez apporter. Une touche de fraîcheur, encore une fois.  »

    Dans la salle, une responsable d’un multi-accueil  s’exprime à son tour: «  je suis la déesse de la fertilité. Dans ma structure elles arrivent et partent toutes en congé mater. A chaque fois on accueille une nouvelle collègue qui ne reste que six mois. Ce n’est pas facile.  »

    Catherine, psychologue, intervient  : «  en crèche on est les champions de l’accueil. On a des modèles pédagogiques, éducatifs. Des outils pour maintenir la continuité. C’est fou tout ce qu’on doit à Loczy. Si on nous demandait davantage notre avis, il y aurait moins de problèmes en général.»

    Plus tard, elle livre cette anecdote  :

    «  Je travaillais dans une très grande crèche. Je vois arriver une EJE affolée. Va vite voir Louisette, une auxiliaire, elle est en larmes. Tout le monde pleure parce qu’elle s’en va. Elle avait fait un remplacement de deux ou trois mois. Quelqu’un qui remplace on le sait dès le démarrage. Il y a l’idée que dans les crèches on est dans un bulle, on oublie de forger les outils, de parler de certaines choses. La réalité il faut la connaître. Les auxiliaires ont du travail, ce sont des femmes, elles font des bébés. C’est la réalité.  »

    Pas facile d’accueillir de façon individualisée sous la pression du taux de remplissage

    Licka Sarr reprend la parole  :

    «  Dans une crèche lambda où tous les parents travaillent, il est plus difficile de mobiliser les professionnels sur des projets. Paradoxalement, c’est plus évident en multi accueil, en partenariat avec des centres sociaux.  »

    Catherine, la psychologue a une explication  : «  Nécessité fait loi. Face à des situations graves on se sert les coudes. Trouver de l’entraide dans un contexte de quelqu’un qui demande de l’aide c’est plus facile. Sinon on peut s’endormir dans l’évidence.  »

    Un EJE qui travaille avec des jeunes en grande difficulté (ASE)  : «  Certaines familles ont sentiment qu’on prend leur place. Il n’est pas évident de faire comprendre qu’on est dans un travail en commun. Garder l’intérêt de l’enfant au cœur des problématiques c’est le plus important. Certains professionnels sont grains de sable plutôt que goutte d’huile. »

    Une autre EJE, directrice adjointe en crèche collective, rebondit  : «  Bien accueillir, accompagner, avoir un projet d’accueil individualisé, d’accord. Mais il faut trouver la bonne limite. Par rapport aux familles et aux équipes, si on est trop présent, on ne laisse plus en situation d’autonomie, on se retrouve en situation d’assistanat. Il ne faut pas être dans le sur accueil ou le sur accompagnement. Ca a des incidences. Par exemple, quand on accompagne des familles sur des notions pédagogiques et éducatives, le parent passe pour dire au-revoir, et il glisse «  au fait juste pour vous dire la semaine prochaine, il sera en congé  ». Pour tout ce qui est administratif, il faut toujours rappeler la règle, le cadre. On a plus besoin de le rappeler quand on est dans le sur accompagnement.  » (Au sujet de l’accompagnement des familles, voir notre compte-rendu du précédent colloque Zoeki)

    Licka Sarr  : «  Comment accompagner les professionnels avec les gros mots comme «  optimisation  », «  forcing  », «  remplissage  », «  caf  »  ? Ce sont des réalités, il faut faire avec.  »

    Une auxiliaire de puériculture en crèche privée acquiesce  : «  Au départ ma directrice avait du mal avec les effectifs. Maintenant, à chaque foi qu’un enfant est absent, on tourne avec des occasionnels. On a des enfants en liste d’attente qui viennent remplacer. C’est plutôt une réussite.  »

    Le libre choix du mode d’accueil, un leurre

    Lors de la table-ronde suivante, une assistante maternelle évoque la politique des modes d’accueil  :

    «  Pendant des années on a mis en balance les assistantes maternelles et le collectif. C’est dommage. Ca dépend de la famille, de l’enfant. J’aimerais qu’un jour on puisse travailler ensemble pour le bien être de l’enfant et des familles.»

    Dans la salle, une puéricultrice renchérit  : «  Quand je venais d’être diplômée, en théorie les familles pouvaient choisir leur mode de garde. Quand on refuse à des familles aisées une place en crèche parce qu’ils ont les moyens d’avoir une nounou à domicile, on ne peut plus parler de choix. A contrario une famille avec des petits revenus ne peut pas choisir l’assistante maternelle qui lui coûterait trop cher.  »

    Une responsable de structure livre son expérience  : «  Effectivement en théorie, on devrait pouvoir choisir. Je suis responsable de structure et je participe aux commissions crèches. Quand les parents choisissaient, les parents voulaient absolument la collectivité. D’où le problème du taux d’occupation des assistantes maternelles. Il a été décidé que le parents n’avaient plus le choix. Ils faisaient une demande et on répondait. S’il y avait une demande de 4 ou 5 jours par semaine c’était la crèche. Si la demande était inférieure ou égale 3 jours on mettait en crèche familiale. Il faut bien que les assistantes maternelles travaillent. Donc on ne laisse plus les familles choisir. Aujourd’hui avec les associations, les fédérations, les RAM, le métier est plus sécurisé.  »

    A noter que cela fait longtemps, dans les grandes agglomérations comme dans les zones rurales, que pour les familles la question du libre choix du mode de garde (selon l’intitulé de l’allocation versée par la CAF) est un leurre. Le choix entre accueil individuel ou collectif est une réalité à l’échelle nationale, plus rarement à l’échelle locale. Or, respecter le choix initial d’une famille, c’est peut-être là que commence la bientraitance.

     


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    Le cerveau des enfants : détour par les neurosciences

     

    Lien entre éducation empathique et développement du cerveau des enfants

    Catherine Gueguen nous invite à revisiter les besoins fondamentaux des enfants à la lumière des dernières découvertes en neurosciences. Leur cerveau est directement entouré par les relations de l’enfant avec son entourage : plus l’éducation reçue est empathique, plus leur cerveau maturera correctement.

    Tout ce que vivent les enfants impacte en profondeur leur cerveau. – Catherine Gueguen

    Pendant toute la petite enfance, le cerveau est extrêmement malléable : toutes les interactions modifient les connexions entre les neurones et l’expression de certains gènes.

    Les relations que nous avons avec nos enfants devraient être aussi empathiques, chaleureuses et soutenantes que possible. Être empathique ne veut pas dire être laxiste. L’adulte pose un cadre et redirige un comportement inadéquat mais sans humilier ni violenter l’enfant.

    L’effet délétère du stress sur le cerveau des enfants

    Tous les enfants humains naissent empathiques et altruistes mais l’immense majorité des enfants subissent des violences verbales, voire physique, dès le plus jeune âge (“tu es méchant”, “tu es insupportable”, “tu es ingérable”, “tu es nul”, “tu arriveras jamais à rien”…).

    Ces violences verbales, parfois même accompagnées de violences physiques, entraînent la production de cortisol (hormone du stress) dans l’organisme de l’enfant. Ce cortisol abîme la substance blanche (connexion entre les neurones), modifie l’expression de certains gènes et impacte l’architecture du cerveau.

    Par ailleurs, un enfant exposé régulièrement à des violences (fessées, gifle, tape, hurlements, humiliation, isolement…) va être colonisé par sa mémoire traumatique (lire : Les effets de la mémoire traumatique et des violences éducatives ordinaires ).

    Les conséquences du stress sur les apprentissages des enfants

    L’hippocampe est la partie du cerveau qui permet de mémoriser et d’apprendre. Le fait d’encourager et de soutenir l’enfant favorise le développement de l’hippocampe. La peur et le stress liés à la violence émotionnelle et physique font diminuer l’hippocampe.

    Apprendre à décoder les émotions des enfants pour cheminer vers une éducation empathique

    La différence entre le cerveau des adultes et celui des enfants

    Le cerveau dit rationnel des adultes (situé “en haut” du cerveau dans le cortex pré frontal) leur permet de prendre du recul, de mettre les événements en perspective, d’analyser les situations et d’éviter que la colère ne dégénère en agressivité ou en crise émotionnelle (encore que ce point soit discutable…).

    A l’inverse, le cortex pré frontal des enfants de moins de 6/7 ans est sous développé. Il ne commence à maturer qu’à l’âge de 5 ans. Il est donc impossible aux jeunes enfants de “gérer” leurs émotions. Les enfants prennent leurs émotions de plein fouet : les tristesses sont d’immenses chagrins; les colères sont explosives.

    Quand les adultes qui entourent les enfants sont empathiques avec eux, leur cortex pré frontal mature plus vite et ces enfants gagnent en capacité à comprendre et apprivoiser leurs émotions.

    Une éducation empathique des enfants dès le plus jeune âge

    Les bébés n’ont pas la parole pour s’exprimer mais il est possible de s’adresser à eux en reflétant leurs émotions à partir de ce qu’ils semblent exprimer par le visage, les pleurs, la posture. Un échange à travers la parole et le regard peut s’établir entre un adulte et un tout petit.

    Avec les enfants qui commencent à accéder au langage, il est possible de continuer à leur parler des émotions en les reflétant, en les exprimant avec des mots puis en laissant l’enfant verbaliser lui-même progressivement ce qu’il ressent.

    Identifier et exprimer nos émotions nous permet à tout âge de calmer notre amygdale, de diminuer le niveau de cortisol dans le sang et d’éviter l’emballement émotionnel.

    Par ailleurs, être connecté à nos émotions, les accueillir sans chercher à les nier ou les minimiser, comprendre leurs messages nous permet de donner un sens à la vie et à prendre toute la mesure de la condition et de l’éthique humaine.

     


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    Laurence Rameau, puéricultrice-formatrice et auteure d’ouvrages sur la petite enfance

     La crèche et la sucette

    Il pleure, il crie, il se met en colère, Oscar n’est pas bien. Il a eu une frustration, a connu un conflit avec un autre enfant ou bien il s’est fait mal. Pour le calmer la solution était assez simple jusqu’à présent : il suffisait de lui donner sa sucette. Sans se poser de question, les professionnels de la crèche la lui présentaient à chaque situation de « malheur » ou lorsqu’il était fatigué, qu’il avait un coup de « mou », en pensant qu’il en avait besoin pour se calmer ou pour se réconforter. Mais depuis la semaine dernière ses parents ont annoncé qu’ils souhaitaient espacer les moments où Oscar a sa sucette. Il a grandi maintenant, la sucette peut rester dans le lit, et ne lui être donnée que pour la sieste.  Que faire ?

    La sucette, la tétine, la tototte, la suce, …

    Quel que soit le nom qu’on lui donne, la sucette pour bébé existe depuis toujours. Autrefois fabriquée en os, en tissu, en liège ou avec des tétines d’animaux comme le pis de vache, elle était une réponse au besoin de succion des bébés qui ne pouvaient sans cesse téter les seins de leur mère ou de leur nourrice. Pourtant, son parcours auprès des enfants est chaotique.

     

    En 1910 il existait une loi qui interdisait la fabrication et la vente des sucettes en caoutchouc car elles étaient considérées comme dangereuses pour la santé des enfants. Elles étaient porteuses de microbes et favorisaient les infections. Elles provoquaient de l’aérophagie car les enfants avalaient de l’air en la suçant. Elles fatiguaient les enfants qui la suçaient de manière trop prolongée. Elles provoquaient des déformations de la mâchoire et étaient même susceptibles d’être à l’origine de décès par étouffement.

     

    Dans les années 1960 elle entraine les débats passionnés des spécialistes de l’enfance, des médecins et du monde de la puériculture en général 

    [1]

    . Ce petit objet en caoutchouc a réellement mis en transe nombre de grandes dames et de grands messieurs de l’éducation infantile. En effet, devenue populaire en 1950 par l’entremise du bon docteur Spock 

    [2]

    qui la considérait comme nécessaire à l’assouvissement des besoins de succion du bébé, elles se propage dans les familles qui y voient une alternative pour l’empêcher de sucer son pouce. Mais elle compte aussi de nombreux détracteurs qui dénoncent une manière de « museler » le bébé pour l’empêcher de s’exprimer ou une sorte de drogue conduisant directement à l’usage ultérieur de la cigarette. Au sein même des familles, la guerre se prolonge entre les pro et les anti sucette. Le pouce contre la sucette, la sucette contre le pouce : quel est celui qui est le mieux pour la santé, ou le moins néfaste ?

     

    Ce n’est que dans les années 1980 qu’on la voit apparaitre dans les pharmacies et les rayons de puériculture des grandes surfaces. Avec l’apparition de la sucette culpabilisant. La paix est revenue autour de ce petit objet, lui-même appelé pacificateur dans les pays anglo-saxon. La sucette, objet de satisfaction et d’apaisement des bébés, est aujourd’hui positivée par les études qui montrent qu’elle diminuerait le risque de mort subite du nourrisson et agirait comme antidouleur.

     

    La question n’est plus aujourd’hui de savoir si oui ou non il faut proposer la sucette à son bébé mais de savoir à quel moment et comment l’aider à s’en séparer.

    La sucette à la crèche

    La présence de la sucette à la crèche est depuis les années 1980 largement acceptée et encouragée par les professionnels. Des boites ou arbres à sucettes permettent de ne pas mélanger les sucettes des uns et des autres et, généralement, les enfants ont librement accès à leur sucette. Par contre, à l’instar des parents, les professionnels se posent des questions quant au fait de limiter ou de refuser de donner une sucette à un enfant qui la demande.

     Toute la difficulté des équipes de crèches se trouve dans l’écart perçu entre les différentes facettes de leurs missions. D’une part il s’agit de mettre en œuvre les conditions requises pour accueillir l’enfant en favorisant son développement et son bien-être, c’est-à-dire répondre au mieux à ses besoins. Et d’autre part il convient d’accompagner les parents dans leurs missions éducatives. De ce fait les professionnels doivent-ils écouter l’enfant et son besoin de sucette ou le parent et son choix éducatif ?

    D’un côté les professionnels peuvent penser que cette demande parentale est trop précoce pour l’enfant. Ils comprennent que les parents puissent avoir envie que leur enfant passe moins de temps à sucer et plus de temps à jouer, à explorer, c’est-à-dire à apprendre. Ils comprennent aussi que pour s’essayer au langage, mieux vaut ne pas avoir une sucette dans la bouche. Mais ils relativisent aussi et considèrent que l’enfant est encore petit, que la crèche n’est pas l’école et qu’il est possible de prendre son temps…En fonction de chaque enfant.

    De l’autre il est vrai aussi que les parents exigent parfois des professionnels une attitude qu’ils ne peuvent pas tenir eux-mêmes. Ils ne veulent pas que l’enfant ait sa sucette à la crèche alors qu’ils se précipitent pour la lui donner dès qu’ils arrivent. A l’inverse les parents sont parfois étonnés que l’enfant réclame sa sucette à la crèche alors qu’à la maison il semble ne jamais en avoir besoin ! Est-ce parce qu’il s’ennuie ou a besoin de se rassurer ? Ou est-ce parce qu’il a déjà appris qu’à la maison la sucette est moins disponible qu’à la crèche ?

     

    Bref chaque cas est particulier.

    Comment fait-on dans les crèches Koalakids ?

    Dans les crèches Koalakids la particularité de chaque famille est prise en considération. C’est-à-dire que les professionnels écoutent à la fois la parole des parents et aussi celle de l’enfant. Lorsque des parents souhaitent que leur enfant ait moins accès à sa sucette et en font la demande à la crèche, les professionnels créent avec eux une alliance éducative. Ils respectent le choix parental et expliquent à l’enfant que ses parents ont choisi pour lui ce qui est le mieux. Ils positivent le choix parental devant l’enfant lorsque celui-ci réclame sa sucette : « papa et maman ont raison de te refuser la sucette, car ils estiment qu’il y a plein d’autres choses à faire à la crèche. Viens avec moi pour lire un livre, ou préfères-tu faire un câlin ? »

    Mais les professionnels portent aussi la parole de l’enfant aux parents : « Oscar a fait beaucoup d’efforts aujourd’hui pour se détourner de sa sucette, alors qu’il en avait très envie. La fin de la journée a été compliquée pour lui, il avait du chagrin. Seriez-vous d’accord pour l’autoriser à l’avoir en toute fin d’après-midi, lorsque les départs des enfants s’annoncent et qu’il se retrouve un peu seul ? » Un chemin est engagé par les parents et suivi par les professionnels, mais il concerne l’enfant et ce qu’il montre doit aussi être dit en toute objectivité et entendu des parents.

     Le sujet n’est donc pas de savoir si les parents ont raison ou tort de limiter la sucette pour leur enfant. Il ne porte pas non plus sur la position éducative des professionnels au sujet du retrait ou pas de la sucette à l’enfant. Il s’agit de soutenir les parents dans leur choix, toujours considéré comme valable et opportun, et de leur indiquer ce que l’enfant montre à la crèche, en leur absence. C’est ainsi qu’une réelle confiance peut s’établir entre tous : les parents, les professionnels et l’enfant. Et les enfants ont grand besoin de sentir cette confiance et cette alliance que les adultes créent entre eux à leur endroit.

     

    [1]

    Voir à ce sujet le célèbre livre de Genevève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand, L’art d’accommoder les bébés, paru pour la première fois en 1980 et qui décrit, entre autre, l’histoire tumultueuse de cet objet de puériculture.

    [2]

    Le docteur Spock est un pédiatre américain de renom qui influença les pratiques d’élevage des jeunes enfants avec son livre: Comment soigner et éduquer son enfant, publié en 1946

     

     

     


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