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    L’éveil artistique des jeunes enfants, passerelle vers l’accès à la culture

    Fédérer les initiatives en faveur de la petite enfance, tel était l’objectif de la rencontre organisée le 8 décembre, à la Grande Halle de la Villette, par les ministères de la Culture et des Solidarités et de la Santé. Compte-rendu.

     

    « L’accès aux arts et à la culture n’est le privilège d’aucun âge : c’est un droit fondamental pour tous, dès la petite enfance ». En plaçant cette conviction au cœur de sa politique culturelle, Françoise Nyssen a fait de la première « Rencontre sur l’éveil artistique du jeune enfant » un signal important de son engagement en faveur du volet « jeune enfant » de l’éducation artistique et culturelle.

    Après la signature le 20 mars 2017 du Protocole pour l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants par les ministères chargés de la Solidarité et de la Culture, qui avait réaffirmé l’intérêt d’une politique commune en la matière, les deux ministères ont dévoilé, le 8 décembre, un guide pratique sur « L’Éveil artistique et culturel : Initiatives des professionnels de la culture et de la petite enfance », destiné à donner aux professionnels des deux secteurs une vision d’ensemble sur la diversité de projets menés en France.

    L’enjeu est en effet de taille : les études scientifiques et les initiatives mises en œuvre sur le terrain montrent que la sensibilisation aux pratiques culturelles et artistiques favorise, dès le plus jeune âge et avant même l’entrée à l’école maternelle, la curiosité, la construction et l'épanouissement de l’enfant. Quels sont donc, en pratique, les meilleurs moyens de faire de l’éveil artistique et culturel une réalité pour tous les enfants ? Comment déployer cette politique commune sur le terrain ? La question a servi de fil rouge aux intervenants de ces quatre tables-rondes.

    La sensibilisation aux pratiques culturelles et artistiques favorise, dès le plus jeune âge,

    la curiosité, la construction et l'épanouissement de l’enfant

    La place de l’éveil artistique et culturel dans le développement du jeune enfant

    « Pour un bébé tout est langage, corps, jeu, expérience », explique Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue pour enfants. L’enfant perçoit déjà des voix, ressent les variations de luminosité et de rythme depuis l’intérieur du ventre de sa mère. « On parle aux enfants pour qu’ils apprennent la langue, certes, mais la parole sert aussi à ce qu’ils se sentent compris, dans le sens de ‘pris avec’ », précise la psychologue. Un bébé peut en effet ressentir de la solitude et des angoisses très fortes, sans être à même d’ordonner son chaos intérieur. Par la parole, on l’humanise et on l’aide à surmonter un désarroi qu’il n’a pas les moyens de comprendre ou d’exprimer. En mettant en images, en son ou en matière des émotions, l’art joue le même rôle que le langage auprès d’un bébé. Il répond à la « pulsion épistémophilique » - c'est-à-dire au besoin viscéral du tout petit humain de savoir, comprendre et toucher  – inhérente à sa vaste entreprise de compréhension du monde.

    Laurent Dupont, metteur en scène et comédien, est au contact des jeunes enfants depuis de longues années. Parmi ses plus mémorables contacts avec le très jeune public, figure sa première performance vocale dans une crèche. « J’ai commencé à chanter, sans savoir à quoi m’attendre, et les bébés se sont progressivement rapprochés de moi. Deux choses m’ont paru incroyables : ils se sont naturellement assis pour m’écouter, et ils ont pris garde à laisser une distance de quelques mètres entre moi et eux, me ménageant ainsi un espace scénique », raconte-t-il. Une sensibilité à la musique que Sylviane Giampino a, pour sa part, eu l’occasion d’observer dans le cadre d’une expérience rassemblant plusieurs nourrissons, placés ensemble dans une pièce où se trouvaient des instruments adaptés à leur âge. « Au bout de quelques temps, une fois familiarisés avec les instruments, ils ont manifesté un sens du tempo et se sont servis des instruments pour communiquer ensemble. C’était pour moi le début d’une longue réflexion : qu’est-ce qu’un bébé ? Qu’est-ce qu’un petit humain ? », commente la psychologue.  

    Pierre Moisset estime lui aussi qu’il est essentiel de mettre en avant le point de vue des jeunes enfants. Pour le sociologue, la généralisation des pratiques d’éveil artistique et culturel permettrait à l’ensemble des adultes de mieux s’articuler autour des besoins de ces derniers et de s’intéresser à eux de manière plus douce, plus interactive. Il rappelle que le développement et l’éveil de l’enfant n’est devenu que récemment un objectif des politiques d’accueil, initialement créées en vue de concilier impératif familial et besoins du marché du travail. De fait, il n’existe pas encore de formations aux activités culturelles et artistiques pour les professionnels de la petite enfance. La mise en place d’un système de co-éducation avec les parents autour de ces activités serait également souhaitable.

    Un enjeu partagé

    L’éveil artistique et culturel apparaît donc comme une étape primordiale dans le parcours d’éducation artistique et culturelle proposé aux enfants. Il soulève l’intérêt de nombreux acteurs publics et privés, qu’ils soient dans le champ de la culture ou dans le secteur de la petite enfance, au niveau national ou local. La question de l’articulation de leurs actions, dans ce paysage complexe, est décisive. Pour Laurent Ortalda, responsable du pôle petite enfance à la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), cette politique d’éveil - « un investissement social qui permet la diffusion de la culture » -, nécessite un équilibre entre les « grands textes cadres » d’un côté et le maintien d’une « diversité locale » de l’autre.  

    Un discours auquel Élisabeth Laithier, présidente du groupe d’élus « Petite Enfance » de l’association des maires de France (AMF), fait en partie écho. Invoquant le besoin de reconnaissance des projets d’éducation artistique et culturelle entrepris par les municipalités, elle souligne leur diversité quantitative, thématique, géographique et administrative. « Au niveau des communes, les pratiques d’éveil artistique et culturel existent déjà, mais la réussite de ces projets nécessite l’octroi d’une marge de manœuvre importante aux acteurs locaux », analyse-t-elle. Il est à cet égard essentiel de favoriser, par un soutien technique et financier adéquat, la mise en place d’un « véritable travail territorial », qui aille au-delà d’une « déclinaison locale de la politique nationale ».

    De nombreuses initiatives sont également prises à l’échelle régionale. Laurent Roturier, directeur régional des affaires culturelles (DRAC) d’Occitanie et président de l’association des DRAC de France, témoigne : « Françoise Nyssen a choisi de faire de l’éveil artistique et culturel un axe majeur de sa politique. Il s’agit là d’une volonté forte que les DRAC prennent en charge en tenant compte, encore une fois, de la très grande diversité qui existe dans la relation à la Culture ». A titre d’exemple, la DRAC Occitanie accompagne dans le département du Lot, le dispositif « Premières pages » qui permet d’offrir, à chaque naissance ou adoption, un album jeunesse, sélectionné par un jury composé de professionnels du secteur social et du secteur du livre, à la famille concernée. Lancé en 2009 par le ministère de la Culture, l’opération a pour but de sensibiliser les familles, notamment les plus fragiles et les plus éloignées du livre, à l’importance de la lecture dès le plus jeune âge.

    Enfin David Blin, chef du bureau des familles et de la parentalité au ministère des Solidarités et de la Sante, rappelle avec pragmatisme que l’accès de tous aux modes d’accueil formels (crèche, assistante maternelle, pré-scolarisation, garde à domicile) constitue un prérequis essentiel à l’accès de tous à la culture.  « Actuellement, 56,6 places sont offertes pour 100 enfants de moins de trois ans et le nombre global de places disponibles en crèches n’augmente qu’à un rythme modéré », affirme-t-il. La publication, le 15 novembre 2016,  du Plan d’action pour la petite enfance et la signature, le 21 mars 2017, du Protocole pour l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants participent toutefois à une vaste entreprise de redynamisation de la capacité d’accueil collectif.

     

     

    Des actions à construire en partenariat

    Le rôle des partenariat dans le montage et la construction des projets est essentiel. Ainsi les Rencontres musicales enfants-parents de l’intercommunalité du Perche, qui permettent de conjuguer le développement d’un territoire rural et l’éveil musical des tout-petits, résultent de la volonté d’une association, « La Luciole », et du « Théâtre Buissonnier ». « Pour qu’un projet issu d’une volonté citoyenne bénéficie d’une prise en charge institutionnelle et politique il faut qu’il soit partagé et adapté aux caractéristiques locales », précise Marie-Sophie Richard, comédienne et coordinatrice du projet.

    A Tours, où l’on entend favoriser « la culture pour tous, la culture partout », une éducatrice de jeunes enfants est chargée de s’occuper à temps plein de l’éveil culturel et artistique de la petite enfance tourangelle. Maryse Branjonneau, qui occupe actuellement le poste de « coordinatrice éveil culturel » créé en 2005, a œuvré à la construction d’un réseau solide de partenariats incluant de grandes institutions culturelles de la ville - l’Opéra de Tours crée désormais des spectacles spécialement pour les bébés –, ainsi que des associations, des structures privées ou encore des artistes. « Toutes les activités développées sont adaptées aux très jeunes enfants et intègrent les parents, qui sont toujours invités à participer », assure-t-elle.

    Ce vaste travail de mise en réseau est également familier à Hamid Azouz, chargé de mission Action sociale à la Caisse d’allocation familiales (CAF) de la Réunion. Cette année, la première Semaine de la petite enfance, pilotée par la CAF, s’est déroulée du 18 au 25 novembre sur l’ensemble de l’île. Sa préparation a nécessité un an de travail, et 45 partenaires (Etat, DAC OI, Région, Département, Pôle Emploi…) y ont été associés. 106 établissements d’accueil ont, à cette occasion, mis en place des activités autour du thème « Art, culture et petite enfance ». 68 professionnels de la petite enfance et 4 artistes s’y sont formés. Une « Journée de valorisation des métiers de la petite enfance » a en outre été instituée le mardi 21 novembre, trois jours après la « Journée nationale des assistantes maternelles » qui a ouvert la Semaine.

    Ce sont également à des assistantes maternelles que l’on doit la création à Antibes de l’association « Sources d’éveil », dont Valérie Giugno est la présidente. Désireuses d’offrir à l’enfant une collectivité et de dynamiser la profession, celles-ci ont en effet choisi de se retrouver une fois par semaine, pour développer ensemble un projet éducatif autour des activités culturelles et artistiques. Centrée dans un premier temps sur l’éveil musical, l’approche de la lecture, le jardinage et les rencontres inter-générationnelles, l’association a ensuite franchi les portes du Musée Picasso d’Antibes, avec lequel s’est noué un partenariat durable. « Le désir de sensibiliser les enfants à l’art nous est venue en observant leur intérêt, leur curiosité en général », assure Valérie Giugno, en ajoutant qu’un « enfant qui baignera dans le domaine de l’art tout petit aura davantage l’habitude de fréquenter des musées à 12 ans ».

    Des relations enrichies entre enfants, familles et professionnels

    Les actions culturelles et artistiques représentent des temps privilégiés de rencontre entre l’enfant, l’artiste et l’œuvre d’art. Le contact sensible qui s’établit dans ce contexte de convivialité et d’ouverture enrichit aussi bien les adultes que les plus jeunes. Lucie Dubord, directrice adjointe d' « Un air de famille », l'une des crèches de la fondation d'Auteuil, l’a bien compris : en collaborant, entre autres, avec le Théâtre du Merlan, elle a fait de la culture, en tant que vecteur du lien social et des familles, l’un des grands axes pédagogiques de son établissement. Développé par la comédienne Céline Schnepf, le projet « Nos forêts intérieures », construit autour de l’imaginaire de la forêt, se décline sous diverses formes : ateliers de pratiques, installations poétiques, créations théâtrales à destination des tout-petits et des adultes qui les accompagnent. « Une attention toute particulière est portée aux familles éloignées de l’art », précise Lucie Dubord. « La culture, ça se fait au quotidien, ça s’inscrit dans un territoire », ajoute Céline Schneps.

    Ces moments de partage en dehors du temps sont également au cœur des ateliers d’éveil musical organisés par David Panloup, référent enfance / famille au centre social du quartier Villejean, à Rennes. Ces ateliers, qui regroupent une quinzaine de parents et d’enfants de moins de trois ans, constituent une opportunité « d’ouvrir le regard de l’adulte ». Un objectif que l’on retrouve, à plus grande échelle, dans le plan départemental d’éducation artistique et culturelle « Chemins de cultures », en Gironde, destiné à favoriser l’émergence d’une offre culturelle qualitative de proximité. En favorisant des initiatives telles que le parcours d’éveil « Au fil de l’eau », le dispositif a permis en 2016 l’initiation de 677 enfants aux arts de la scène et aux arts visuels.

    Le projet de « Lis avec moi – La Sauvegarde du Nord » qui vise à proposer des rencontres autour de lectures à haute voix, s’ancre dans son territoire de manière plus spécifique encore. Les lectures se font sous le regard et avec l’aide de professionnels, de bénévoles et, le cas échéant, de parents dans des lieux « classiques » (écoles, accueils périscolaires et extrascolaires…) mais aussi plus sensibles comprenant des hôpitaux, des foyers d’accueil et d’hébergement ou encore le Centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA). Pour Isabelle Sagnet, directrice de « Lis avec moi »,  l’accès aux histoires, à l’imaginaire, au langage poétique et littéraire, par l’intermédiaire de livres ou d’albums de qualité, participe aujourd’hui encore à la lutte contre les inégalités culturelles. « En intervenant, par exemple, dans une maison de protection maternelle et infantile (PMI) nous travaillons avec des familles qui ne viennent pas pour la lecture et qui ne fréquentent pas forcément les lieux qui y sont dédiés », explique-t-elle. « On pourrait croire, aujourd’hui qu’il y a des albums jeunesse et des livres pour enfant dans toutes les logements. Malheureusement, c’est très loin d’être le cas ».

     


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