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2016-12-20T14:44:23+01:00

doudou

Publié par vaeeje

 

Le doudou : quelle place dans les lieux d’accueil ?

Le doudou, objet transitionnel au sens où le célébre pédiatre psychanalyste pour enfants, Donald Winnicott l’a décrit et conceptualisé, est bien connu de tous les professionnels de la petite enfance. De part sa fonction, c’est une aide précieuse pour l’enfant dans toutes ses périodes de césure : jour/nuit ; maison / assistante maternelle ou crèche, départ/arrivée…
Mais une fois la transition passée, comment les pros « gèrent-ils  la présence de ce doudou, peluche ou bout de tissu, parfois bien encombrant…Boîtes à doudous, doudous en libre service, doudous à volonté ou à dose homéopathique ? Réponses avec des spécialistes et des professionnels de terrains.

Le doudou : son rôle en tant qu'objet transitionnel

Le doudou est souvent décrit comme étant l’objet transitionnel par excellence. Mais quel rôle joue-t-il vraiment ? De quelle façon l’adulte doit-il se comporter face à cet objet ? On fait le point avec Marie-Pierre Blondel, pédopsychiatre et membre de la Société psychanalytique de Paris. Et avec Suzanne Vallières, psychologue.

 enfant avec son doudou Dans les années 50, Donald Winnicott, pédiatre-psychiatre-psychanalyste britannique  a mis en lumière la fonction d’objet transitionnel, expliquant que cet objet permettait à l’enfant de faire le pont entre sa relation « primitive » au sein maternel, et le monde extérieur. Pour lui, tout enfant normalement constitué ne pouvait se passer d’un objet transitionnel.


Qu’est-ce qu’un objet transitionnel ?
Le concept s’est depuis largement vulgarisé. Aujourd’hui, d’après la définition la plus communément répandue, l’objet transitionnel servirait à rassurer le bébé lorsque ses parents, et notamment sa mère, ne sont pas là. Pour la pédopsychiatre Marie-Pierre Blondel*, un enfant qui utilise un objet transitionnel, débute avant tout sa vie intra - psychique. « L’objet transitionnel va lui permettre de créer un espace intermédiaire pour créer, penser, imaginer », assure-t-elle. L’objet-doudou est le témoin de cet espace transitionnel qui s’organise. Typiquement, on observe des temps de rêverie lorsque le petit tient son objet transitionnel, concentré sur lui-même, les yeux dans le vague.
Si certains spécialistes avancent que l’objet transitionnel fait son apparition autour de l’âge de 8 mois, Marie-Pierre Blondel affirme qu’il est difficile de déterminer un moment où l’enfant ferait usage de son doudou comme d’un objet transitionnel. Selon elle, l’objet transitionnel peut faire son apparition plus tôt, dès l’âge de 3 mois. Ainsi, un enfant peut utiliser un doudou comme objet transitionnel à la crèche bien plus tôt qu’on ne le croit.

Le doudou n’est pas systématiquement un objet transitionnel
Contrairement aux idées reçues, le doudou ne joue pas systématiquement le rôle d’objet transitionnel, et ce n’est pas parce qu’il il y a un objet investi dénommé doudou qu’il y a un espace transitionnel. Si on donne le doudou dès que le petit enfant commence à pleurer sans même comprendre la nature de son malaise, ni essayer de le rassurer, alors, il ne pourra pas faire la différence entre ses émotions (la peur, la faim, la douleur, la fatigue…) qui peuvent le faire pleurer.
Le doudou ne doit pas non plus se substituer au réconfort par l’adulte. Si l’objet transitionnel permet de supporter l’absence, le « doudou » proposé comme solution à toute situation perd cette fonction, il devient « fétiche », déniant l’absence et le manque. Cet objet fétiche n’aménage pas d’espace créatif dans l’esprit du petit. L’enfant en devient totalement « dépendant », et aura du mal à s’en dégager.
Parfois, et c’est regrettable, dans les lieux de vie de l’enfant, le doudou lui est donné (presque toujours couplé à la tétine qui n’est qu’exceptionnellement transitionnelle) automatiquement et systématiquement, sans distinction de la demande.

L’objet transitionnel pour supporter l’absence de la mère
On parle d’objet transitionnel car ce dernier est un objet trouvé (il vient du monde extérieur), et en même temps créé (c’est la manière dont l’enfant l’investit qui compte). Ce processus aboutira ensuite à « l’internalisation de l’objet (c’est-à-dire des images parentales) », explique le Dr Blondel. Le doudou, s’il est un vrai objet transitionnel, est à la fois « le prolongement de la mère, mais aussi un peu du bébé lui-même », note la Suzanne Vallières, psychologue.**Son odeur est très importante car elle rappelle au bébé de bons moments dans son environnement sécurisant.
Au fur et à mesure, le doudou aide l’enfant à se dégager du besoin de sa mère, car il est le garant de la permanence de l’objet.

Le professionnel face à l’objet transitionnel
Les professionnels s’interrogent aujourd’hui sur la nécessité de laisser à libre-disposition le doudou à la crèche. De plus en plus de crèches mettent les doudous à disposition de l’enfant qui sait où le trouver quand il en éprouve le besoin. Certains laissent les doudous au sol, d’autres les mettent dans des boîtes accessibles ou sur demande.
Pour Suzanne Vallières, le doudou joue un rôle de premier plan à la crèche et doit donc être mis à disposition de l’enfant. Selon elle, il rend l’enfant plus autonome et fait la transition entre le connu et l’inconnu. Il lui permet de faire le passage entre la maison et la crèche. La psychologue insiste bien sur le fait qu’il ne faut jamais menacer un enfant de lui retirer son doudou, car cela revient à le menacer de lui ôter un prolongement de sa mère et de lui-même.

Le doudou, jusqu’à quel âge ?
Si le doudou a été utilisé comme un objet transitionnel et non pas comme un objet fétiche, le petit n’aura pas de difficultés à s’en détacher. En règle générale, les enfants commencent à oublier leur doudou vers l’âge de 2 ans. Ils le laissent dans le salon, dans le bac à jouets… Vers l’âge de 3 ans, le doudou n’accompagne souvent plus l’enfant dans son quotidien. Davantage sécure, l’enfant se tourne de plus en plus vers ses petits camarades.
Enfin, « si l’enfant a du mal à se détacher de son doudou, on va alors l’encourager à ne l’utiliser que pendant la sieste pour qu’il devienne davantage autonome d’un point de vue affectif », conclut Suzanne Vallières. Il conviendra alors de s’interroger sur la relation parentale et la manière dont le doudou a été investi par l’enfant.

Crèches : doudous bienvenus !

Le doudou est un objet central pour le tout-petit. Mais lorsqu’il évolue en collectivité, doit-il apprendre à s’en séparer ? Ou au contraire, peut-il en disposer à sa guise ? Eléments de réponse avec des professionnels de terrain qui connaissent bien la vie en crèche.

 
Le ballon rouge

casiers pour doudous à la crèche Le doudou est un objet essentiel. « Il permet au petit de passer d’une relation fusionnelle avec la mère à une forme d’autonomie tout en conservant un petit bout de sa maman. C’est une aide symbolique qui lui permet d’appréhender les notions de présence/absence, d’éveil/sommeil etc », explique Catherine Pierrat, psychologue intervenante en crèche. Le doudou peut prendre la forme d’une peluche, d’un tee-shirt ou même d’une taie d’oreiller. « C’est toujours l’enfant qui le choisit, notamment en fonction des sens qui sont les plus développés chez lui. Il peut apprécier une couleur, une forme, une texture… et bien entendu, l’odeur est toujours centrale », poursuit la psychologue. Tous les enfants n’ont cependant pas besoin de doudou, « on peut aussi s’en fabriquer un propre, comme en se touchant une partie du corps », note la spécialiste.

Le doudou en collectivité pose-t-il problème ? Pour Eric Ruffin, directeur de la crèche Babilou « Les Petits Trains » à Paris(75008) le doudou en collectivité ne pose en réalité pas de problèmes. « On pourrait craindre que les enfants se les disputent, qu’ils ne s’en séparent pas à table, mais ce n’est pas le cas », rapporte-t-il. Selon Catherine Pierrat. « Le doudou est le premier attachement après la maman, c’est en quelque sorte le calmant du bébé. Mais au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant va nouer des liens avec ses petits copains, apprécier les jeux, et délaisser son doudou. Un enfant qui ne parvient pas à s’en séparer risque de se replier sur lui-même. En général, il est « insecure », et il convient donc de le rassurer et de voir peut-être ce qu’il se passe dans la relation mère-enfant, ou de travailler avec la fratrie », poursuit-elle.

Faut-il laisser le doudou constamment à portée de main ? La psychologue et le directeur de crèche s’accordent tous les deux sur la nécessité de laisser le doudou à disposition des enfants. S’ils vont naturellement s’en détacher, les petits vont en ressentir le besoin lorsqu’ils feront la sieste, seront contrariés ou fatiguès. L’une des solutions consiste ainsi à mettre le doudou dans un casier en permanence accessible à l’enfant, ou dans une pochette. « L’enfant sait où il est et peut aller le chercher lui-même quand il en a envie », affirme Catherine Pierrat. Eric Ruffin et son équipe ont quant à eux opté pour une totale mise à disposition, sans même passer par un casier. « Les petits de 4 mois ne vont pas se déplacer jusqu’à un casier pour aller le chercher. On laisse donc les doudous sur les tapis, et on observe que certains enfants plus grands viennent donner aux plus petits leurs doudous quand ils sont trop éloignés, car une partie d’entre eux identifie bien les propriétaires. Nous n’avons donc pas besoin de pochettes. Pour le moment, tout se passe bien ainsi », conclut-il. En somme, il est important de laisser chaque enfant évoluer à son propre rythme. Et, il ne s’agit pas pour les professionnels d’apprendre à l’enfant à se séparer du doudou, mais plutôt de l’accompagner là où il en est de son développement.
En général, les petits vont s’en séparer d’eux-mêmes, sauf s’ils ne sont pas suffisamment « sécures », ce qui peut alors nécessiter un approfondissement et un questionnement sur les possibles causes (endogènes, propres à l’enfant; et/ou exogènes, générées par l’environnement crèche : aménagement, positionnement et attitude des professionnels…).
Gérer le doudou en communauté requiert donc souplesse, attention et prise en compte de chaque individualité.

 
Article rédigé par : Paulina Jonquières d’Oriola
 

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