• Professionnels de la petite enfance, quand le burn-out menace…

    article issu de : http://madamegazouille.fr

    Professionnels de la petite enfance, quand le burn-out menace…

    Fin janvier, je suis allée à un colloque sur le burn-out professionnel, organisé par Zoeki, à Paris. Je suis loin du burn-out mais je crois que j’avais besoin d’entendre des collègues d’autres structures dire qu’elles avaient les mêmes ras le bol que moi et peut-être avoir des pistes pour mieux vivre le stress au quotidien.

    Burn-out

    Dans l’univers des enfants où l’on pourrait croire naïvement que tout est beau, tout est rose, tout est jeu et rire, eh bah non. Le monde des bisounours n’existe pas, pas vrai ?

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    Pourquoi pouvons-nous ressentir un mal-être quand on travaille avec les loulous ?

    Héloïse Junier, psychologue, propose des temps d’analyses des pratiques avec des équipes de crèche et elle nous expliquait qu’elle entend souvent des professionnels dire qu’il y a parfois des enfants qu’ils ne supportent plus, parce qu’ils n’écoutent pas, bougent beaucoup, tapent, mordent à répétition, etc. Ils ajoutent qu’ils ne devraient pas ressentir ça et culpabilisent. Ils ont le sentiment d’être de mauvais professionnels. Ils savent que les loulous ont des besoins mais ne savent pas toujours comment y répondre. Ils se sentent impuissants. On a souvent un sens trop poussé de l’autocritique : on n’est jamais satisfait…
    Il y a aussi régulièrement un conflit intra-personnel, entre nos idéaux et la réalité du terrain. C’est douloureux de ne pas être en accord avec ses valeurs, même si on est conscient des limites de la collectivité.
    Accueillir des enfants, ce n’est pas comme s’occuper de machines : tout au long de la journée, de manière consciente ou non, notre propre éducation, notre enfance est présente. ça peut renvoyer à beaucoup de choses, pas forcément faciles.
    Et puis, on travaille avec et pour des adultes, parfois exigeants, pas toujours compréhensifs. Et le travail d’équipe n’est pas simple.
    ça peut faire beaucoup.

    Lors du colloque, on a beaucoup parlé de l’équipe auprès des enfants mais pas de la direction. Pour ceux qui ne le savent pas, je suis directrice adjointe d’un multi-accueil associatif à gestion parentale depuis 9 ans. Qu’on soit d’accord : je considère que la direction fait partie de l’équipe mais le stress n’est pas le même. Le fait d’être dans le bureau à certains moments de la journée nous permet d’être un peu au calme, de ne pas subir le bruit que font les enfants et adultes et j’estime que c’est une chance par rapport à mes collègues. Mais pour nous, il y a tout ce qui est abordé plus haut quand on est avec les loulous mais aussi le stress de nos responsabilités. Au point que parfois, je me demande si j’ai les épaules pour… Quand il faut que tu te partages entre le groupe d’enfants et sa prise en charge et le travail administratif. Quand tu dois penser à 36 000 trucs en même temps. Quand tu as la pression parce que la subvention va dépendre du dossier que tu as monté et de ce que tu as écrit. Quand tu cherches à « rentabiliser » la structure pour faire en sorte qu’elle ne soit pas trop en difficulté financière, au risque de fermer et de mettre au chômage : toi et tes collègues. Mais rentabiliser tout en faisant attention à la qualité d’accueil des loulous… Quand tu te demandes si le code du travail t’autorise à faire ça ou ça… ou pas. Quand tu essaies d’être à l’écoute de tes collègues mais que ce n’est pas assez. Quand elles ont des demandes incompatibles avec la gestion ou le fonctionnement de la structure et que tu sais que tes décisions ou celles du conseil d’administration vont les irriter… Quand ton rôle de manager nécessite de recadrer un professionnel et que même en mettant les formes, tu sais que l’autre va se le prendre comme un coup en pleine face. En tous cas, tu l’imagines parce que toi, tu le prendrais comme ça.
    Souvent, je me dis que je ne tiendrai pas longtemps ainsi, que je n’ai pas le caractère pour. ça m’affecte trop, malgré tout ce que j’essaie de mettre en place. J’ai par exemple suivi une formation à l’Ecole des Parents et des Educateurs de Metz : « prendre du recul sur son terrain professionnel ». Je la recommande vraiment, ça m’a ouvert les yeux sur plusieurs points. Mais ça n’est pas suffisant : manager une équipe, ce n’est pas facile. Gérer une structure : non plus. Et la formation d’éducateur de jeunes enfants ne nous prépare pas à ça.
    Il n’y a encore pas si longtemps, j’ai eu une grosse remise en question. Parce que oui, je suis sensible, parce que oui, je n’ai pas la poigne d’une directrice, parce que oui, je prends tout très à coeur, parce qu’il faudrait que je m’endurcisse et ça me paraît compliqué… Et puis j’ai échangé avec d’autres EJE et je me suis rendue compte de ma chance. Travailler dans une association à gestion parentale permet d’avoir une relation de proximité avec les familles. Se connaître facilite la continuité de la prise en charge. Le conseil d’administration nous laisse une grande liberté d’actions et nous fait confiance. C’est très valorisant et épanouissant. L’équipe de la crèche est professionnelle, bienveillante et dynamique. Il n’y a pas de gros soucis, comme j’ai pu le lire chez mes collègues EJE… Seulement de petites histoires vite réglées, vite oubliées. Et puis, qu’est-ce que je ferais d’autre ? J’adore mon job. Même s’il me bouffe parfois.
    ça me fait penser à ce que Héloïse Junier disait au colloque : nous sommes trop souvent dans la plainte et la revendication. Il faut chercher comment faire avec ce qu’on a et mettre en place des choses pour avancer.
    Je vais suivre une formation de deux jours en juin pour les responsables de structure et j’espère avoir des outils. Mais j’avance et surtout, je vais arrêter de me plaindre : je suis dans une structure top avec une équipe top.

    Lors du colloque, les intervenants nous ont donné des pistes pour mieux gérer le stress au quotidien.

    En crèche, les loulous sont nombreux dans un même espace. Pour nous montrer où elle voulait en venir, Héloïse Junier nous a montré deux photos : une d’une femme à la plage, l’autre du métro à l’heure de pointe…

     le-metro-bonde

    La crèche ressemble davantage à la station : beaucoup de personnes au même endroit. On s’y sent à l’étroit, étouffé, c’est bruyant… C’est stressant et le stress, c’est comme quand on baille, c’est communicatif. D’où l’importance de décloisonner au maximum. On peut pas pousser les murs, c’est sûr. En rentrant du colloque, on y a réfléchi avec l’équipe et on a décidé de réaménager les chambres pour libérer la plus petite : le matin, elle sert de pièce supplémentaire pour bouger, danser, etc. et l’après-midi, les plus grands y dorment. C’est à l’essai pour l’instant.

    En crèche toujours, l’éclairage est important et les néons offrent une lumière agressive, stressante. Si on pouvait les remplacer par d’autres luminaires, ce serait bien. L’idéal serait même d’avoir des variateurs !

    Il y a aussi trop de déplacements. Les adultes se déplacent beaucoup autour des loulous. Les va et vient peuvent générer du stress, de l’énervement. Imaginez-vous au cinéma, quand quelqu’un n’arrête pas de se lever… Grrrr ! Il faudrait s’organiser pour optimiser ses déplacements.

    Et le bruit, bien sûr. Et on ne peut pas empêcher des tout-petits de s’exprimer… Pour réduire (ou tenter de le faire) le bruit, il faudrait essayer :
    – de parler doucement. Quand on parle fort, les enfants le font aussi. J’ai une collègue qui, souvent, introduit le temps comptines en chuchotant. Les enfants reconnaissent la chanson mais se calment pour écouter.
    – que les professionnels se répartissent dans la pièce pour canaliser le groupe et le sécuriser.
    – de proposer des transitions pour éviter les moments de flottement, d’improvisation et ritualiser au maximum.
    – d’éviter de mettre de la musique en fond quand on parle à l’enfant ou qu’on est en activité, parce qu’on a tendance à parler plus fort. Et parce que lorsqu’il y a de la musique + des mots, le loulou ne peut pas se concentrer sur les deux et c’est la musique qui prendra le pas sur les mots.
    – d’alterner des temps calmes et des temps d’activité. Privilégier les activités extérieures pour que les enfants puissent se décharger émotionnellement.
    – de proposer au loulou, avant même qu’il ne s’agite trop, de venir se poser dans vos bras pour se calmer un peu. L’enveloppe corporelle qu’on lui proposera libérera de l’ocytocine et l’aidera à faire redescendre la pression.
    – d’aménager l’espace selon les âges et rythmes des enfants.

    Il est important aussi d’aérer la pièce.

    Héloïse Junier proposait aussi d’écrire une journée type avec l’équipe au complet, puis une journée avec un absent, puis deux, pour mieux gérer les absences. L’idée est bonne mais difficile à mettre en place parce que selon les horaires de la personne absente, l’incidence ne sera pas la même. Mais j’avoue que je ne me suis pas penchée sur cette piste. Si quelqu’un l’a fait et veut me donner son retour, qu’il n’hésite pas :-)

    Un second intervenant, Dominique Leyronnas (pédiatre en maternité, crèche collective, ex-médecin en réanimation néonatale et transporteur au SMUR Pédiatrique) nous a donné une belle leçon de philosophie, avec beaucoup d’humour. Je ne sais pas si je vais réussir à vous la transmettre aussi bien que lui.

    L’idée qu’il a voulu nous faire passer, c’est qu’on ne prend pas assez de temps pour soi. On banalise tout ce qu’on fait, sans même s’en rendre compte. Nous accompagnons au quotidien les enfants dans différents exercices, il leur faut minimum 3 mois pour apprendre à marcher, quelques temps pour savoir visser – dévisser. Nous, on court, on tourne une clé dans la serrure, sans même calculer ce qu’on est en train de faire. ça peut paraître un peu exagéré (je le sais, j’ai un mari cartésien, alors j’anticipe les remarques :-) ) mais c’est juste pour dire qu’on fait tout (ou presque) machinalement, sans prendre le temps. Nous sommes pris dans la spirale du quotidien. Il faudrait se donner des rdv pour se poser, se concentrer sur sa respiration, se relaxer. Mesdames, vous savez à quel point c’est bon de se détendre lors d’un soin du corps en institut… :-) c’est un peu l’idée : se poser, déconnecter, profiter. Il a ajouté : « quand on ne prend pas le temps, il ne faut pas oublier que lui nous prend… » C’est direct mais tellement vrai !

    Il faut aussi arrêter de vouloir faire trop de choses. Dans notre société, plus on en fait, plus on est performant ! Oui, mais c’est dangereux… On prend la pente glissante vers le surmenage… Evitons le cumul d’activités : on ne peut pas être à fond sur tout. Oh, ça me rappelle mon billet sur mon côté perfectionniste… L’intervenant parlait du complexe de Wonderwoman, lol, et a ajouté « c’est bien, sauf si on loupe l’atterrissage ! » Nous ne sommes pas des superhéros ! Notre objectif de vie : être heureux.

    wonder-woman-amazon

    Il faudrait réussir à positiver ! Ouais, ça c’est mon combat quotidien ! Quand c’est dur le matin, ça ne peut que s’améliorer ! :-)

    Quand on stresse, le corps fabrique des substances chimiques. Du coup, quand le stress est chronique, le corps est tout le temps fatigué.

    Pascaline Legros, naturopathe et réflexologue est également intervenue lors de ce colloque. Elle met en avant notre alimentation comme moyen de prévention du stress. Par exemple, en mangeant des protéines végétales, nous sommes moins stressé. Plus notre glycémie est stable, plus nous sommes calmes. Quand le corps est déshydraté de 4 à 5%, le cerveau répond moins (attention ! pour info, le café déshydrate ! C’est pour ça qu’il faut boire un verre d’eau avec chaque tasse de café).

    Il existe des compléments alimentaires qui peuvent aider.

    Il y a également un exercice de cohérence cardiaque qu’il est bon de faire : il s’agit de contrôler sa respiration pour gérer ses émotions. En étant assis, 3 fois par jour, faire 6 respirations par minute, pendant 5 minutes. Les effets se sentent pendant 3 à 4 heures, donc en le faisant 3 fois par jour, ça permet de se sentir mieux toute la journée. A force de le faire, cela deviendra naturel (pour que quelque chose de nouveau ne le soit plus, il faut le faire pendant 21 jours de suite). Les effets sont immédiats : ça apaise et calme, ça augmente la sécrétion d’ocytocine, diminue l’anxiété, améliore la concentration, diminue les troubles de l’hyperactivité, etc. Il existe des applications pour aider à faire l’exercice ou même des vidéos sur youtube : une goutte d’eau qui monte et descend et on cale sa respiration sur ses mouvements. Je connaissais cet exercice et pour l’avoir fait il y a un an, je peux dire que ça m’a aidée mais j’aurais dû le faire 21 jours je pense, pour que ça devienne un réflexe :-)

    On peut également avoir recours à la réflexologie plantaire, aux huiles essentielles.

    L’intervenante nous a proposé un autre « petit truc » : choisir un caillou, une pierre qu’on trouve jolie. Y associer un moment positif (mariage, bébé, fête, cadeau, etc.). La mettre dans sa poche et quand on est stressé, poser la main dessus pour sentir la pierre. L’esprit ira sur le moment associé.

    Quand l’adulte est calme, l’enfant l’est davantage et s’endormira par exemple plus facilement.
    Quand l’adulte va bien, l’enfant va mieux.
    On ne peut pas prendre soin des autres sans prendre soin de soi.

    On sait ce qu’il nous reste à faire : négocier avec nos employeurs des séances de yoga, massages, etc.


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